- « Bonjour, vous allez-bien. » Prononcé sur le ton d'une affirmation et non d'une question. Je venais d'arriver dans cette ville où je ne connaissais personne, où je n'arrivais pas à faire connaissance, et chaque jeudi il m'accueillait avec cette phrase et un grand sourire. De plus, il restait en place l'après midi, ce qui me permettait de venir acheter fruits et légumes en rentrant de l'école, à un moment où je ne me faisais pas doubler devant la caisse par des mémés qui n'ont pourtant rien d'autre à faire de leurs journées. Pour ces deux raisons, je suis restée fidèle cliente pendant douze années.
Douze ans plus tard, je déballe moi aussi. Pas des cageots de légumes, mais des cartons de livres que je vends avec « le seul éditeur de France qui fait les marchés ». François admire ma technique, apprise d'une collègue, de dépliage du lourd et encombrant parapluie forain. Venu d'un tel pro des marchés, le compliment me touche vraiment. On discute, il a une vraie passion de ce métier, le rapport convivial au client, le grand air, l'envie de faire plaisir en offrant une poignée de cerises aux gamins (les miens s'en souviennent) ou quelques brins de persil aux ménagères.
C'est son dernier marché. Il est au centre de la grande tablée, un repas d'après marché, le dernier de l'été, tous ensemble. Les habitués, qui font vivre ce marché depuis 8 années, nous ont conviés à ce repas pour lequel chacun offre une part de ses produits. Ça me fait un peu l’effet d'être « l'ouvrier de la dernière heure », mais j'apprécie, émue d'être présente au départ à la retraite de François qui fut là pour adoucir mon arrivée dans cette région inconnue. En rangeant les cartons, je remercie la vie, et les acteurs de ma vie, pour cette belle histoire. Bonne retraite François !
aout 2014
la "plage 9" à fond dans la voiture aux retours!!