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Eabha, quant à elle, attendait. Elle était douce et patiente. Elle savait attendre, et combler son attente de mots, de notes. Elle allait souvent au pied du chêne de sa première rencontre avec Adam. Elle y songeait librement, elle s'écrivait un royaume à sa mesure. Un royaume où l'amour n'est pas normé, ni limité. Seul compte le sentiment vrai et le désir. Son homme à Eabha ? Son homme vivait depuis longtemps sous ces lois là, même au pays d'avant. Son homme était heureux lorsqu'elle était heureuse, même s'il n'était pas le seul acteur de ce bonheur.
Eabha songeait la chanson de l'attente :
What are you waiting for ?
J'attends. Patiemment. Tendrement.
J'attends le beau temps, le bon moment, le bon tempo.
Que la vie, lasse de me faire attendre, se fasse tendre.
Que s'accordent, diapason et métronomes de nos vies.
J'attends, que se pose l'oiseau, las de tournoyer, de nous observer de haut.
J'attends, la dissipation des brumes matinales, le soleil qui sort de derrière la montagne.
Tout prend du temps. Tout prend son temps.
Du désir à la pensée, de l'envie à la parole, du mot au geste, de l'acte au partage. Attendre.
Chemin de vie s'écrit au fil des pas.
I'm waiting for you.
Non loin de là, Adam entendit ces mots et rejoignit Eabha sous l'arbre. Il lui fit cadeau d'une fleur cueillie au bord du chemin, une fleur robuste.
-Trouvons lui un nom ! Dans ce pays neuf tout était à nommer, à inventer.
Eabha, voulant trancher dans leurs hésitations, décida de la nommer « amitié ». Joli nom pour une plante de montagne, solide, bien enracinée, sobre en eau et en lumière du matin.
Puis elle prit un chemin, emportant la plante pour en prendre soin, laissant là Adam à ses hésitations.
Adam monta au plus haut du grand chêne. De là haut, il observa le royaume qu'avec Lilith ils avaient découvert, cet envers du décor, dans lequel ils étaient libres, de reproduire les erreurs des siècles passés et des autres royaumes, ou d'inventer un monde libre, aimant, respectueux. De là haut, ce qu'il vit le rendit heureux : hommes et femmes, hommes et hommes, femmes et femmes, allaient, main dans la main. Les chemins se croisaient, les duos s'aimaient, s'en disaient merci. Certains restaient longtemps, tout le temps, sur le même chemin, en duo exclusif. D'autres croisaient d'autres chemins, se retrouvaient de temps en temps, aimaient plusieurs amants. Et toujours le respect, la tendresse, faisaient rempart à la jalousie, la rancœur, à la peur d'être un objet pour l'autre, un objet qui pourrait être jeté.
Ça marche pour eux, se dit Adam, pourquoi cela ne marcherait-il pas pour Lilith, Eabha et moi ?
(à suivre)
musique « waiting » Ibrahim Maalouf