5MCLPE_Agnes-Paris--112-.jpg

 

 

Petites nouvelles polygames.

1. Finisterra

 

Bord de mer. Sable. De celui sur lequel on peut laisser l'empreinte éphémère de nos pas, jusqu'à la marée. Vagues atlantiques.

Sur une dune, perchée face au vent et au large, Yousra.

Debout à un bout de la plage, bien campé sur ses deux jambes, les poings aux hanches, Amray.

Au creux d'un rocher, recroquevillée les yeux fermés, Martha.

 

Elle a froid. Frissonne. Chair de poule. L'humidité et le vent lui volent toute sa chaleur. Elle s'est collée à cette pierre qui restait un peu chaude du soleil de la journée, mais c'est fini maintenant. Tout est froid. Bientôt tout sera noir aussi. Il lui suffira de ne pas bouger. De rester là quand la mer montera. De ne pas se réveiller de son rêve au moment où la première vague l'atteindra. De continuer à respirer, comme elle le fait souvent, sous la douche quand elle oublie qu'elle a le nez sous l'eau. Cette pensée la fait sourire. C'est beau un sourire né d'un rêve. Elle ne croit plus au soleil, mais elle le rêve tout le temps. Et cette fois, c'est pour toujours qu'il se lèvera. Dans son rêve éternel.

 

Amray hésite. Il cherche Martha. Cela fait longtemps qu'il ne l'a pas vue et il n'est même pas sûr qu'elle soit là. C'est juste une hypothèse, un espoir. C'est logique aussi de commencer les recherches par ici, car si elle y est, il faut la trouver avant la nuit, avant la marée. Il sera toujours temps après, de chercher ailleurs. Oui, mais les ponts, les voies ferrées... Non, elle ne ferait pas ça, pas quelque chose de violent, pas Martha. Puis elle ne veut sûrement pas faire de tort, de mal, elle se débrouillera pour faire croire à un accident. Un malaise, une chute, et la vague qui passait par là...

 

Yousra pense la même chose, qui les voit de là haut tous les deux. Ces deux là! Choquants et attendrissants de naïveté! Comme si elle n'avait pas compris depuis bien longtemps ce qui se tramait entre eux. Peut-être même avant qu'ils ne s'en rendent compte eux-même! Elle l'a vue venir leur idylle, puis devenir grande passion. Elle le connait son Amray quand même!

La Martha, elle l'a vue tomber sous le charme, se libérer de son couple, puis dédier sa vie à Amray, l'attendre. Sans rien dire, elle a tout observé. Mais la laisser s'offrir à la mer, ça non!

 

Alors elle porte ses mains autour de sa bouche, en porte-voix, et elle crie: -Amray! Là bas! en montrant la direction où semble dormir Martha le long de son rocher. Puis, comme elle est plus proche de la naufragée que lui, elle court vers l' île de fortune et l'y devance.

 

Martha, avant d'ouvrir les yeux, entend la voix de Yousra.

-C'est pas possible, c'est mon rêve! Je me croyais encore consciente mais j'entends les voix de mon rêve! Yousra qui me dit: viens, ne fais pas ça, reste pas là. Je sais. Je sais tout. J'accepte. Mais au moins soyez heureux bon sang! Sinon ça sert à quoi que je ferme les yeux depuis tant de temps!

 

Martha ouvre les yeux, sort ses membres de l'eau, se redresse. Amray arrive, essoufflé. Yousra lui prend les mains, les pose sur celles de Martha.

 

[...]

Merci Yousra de nous avoir offert ça, c'est un tel bonheur que j'en remercie la vie.


Amray se fait implorant:

-ne vas plus sur les rochers Martha, la vie, tu pouvais aussi la remercier avant, pour le bonheur de notre amour, même caché, il ne fallait pas la défier ainsi.

Martha lui laisse le dernier mot, mais elle pense,
-si je ne l'avais pas défiée...
Et Yousra, qui lit dans ses yeux, se dit qu'elle même aurait pu ne pas attendre cet appel au secours. Il ne faut jamais jouer avec la vie. Elle n'aime pas ça.

 

 

Tlse, 3 octobre.

 

photo: L.L.

 

el comunero

 

 

 

 


Publicité
Tag(s) : #mot d'absence