Nouvelle an-née

 

Les autres enfants naissent dans la sécurité aseptisée du CHU ou dans l'originalité de l' Hôpital du coin, cet enfant nul ne savait où il était né, pas même sa mère. Sur un coup de tête irraisonné, sa mère était partie, sentant l'heure arriver, malgré les cris de sa propre mère:

-Mais où vas tu? Si proche du terme, c'est de la folie! Ne pars pas seule!

-J'ai besoin d'être moi même, avait répondu la future accouchée, je ne vais pas loin, juste le week end à la campagne, j'emmène le portable ne t'inquiète pas!

Elle était partie.

***

C'est une fois installée dans le silence que j'ai perdu contact avec la réalité. Tout ce qui suit me semble rêvé, irrationnel, vécu dans une brume d'irréalité, et pourtant, il est là près de moi, mon enfant, il est né! Je venais d'arriver, de poser ma valise, mes provisions, de faire un feu dans la cheminée, lorsque Lucienne, la vieille voisine est venue cogner au carreau.

-Qu'est ce tu fais là ma belle? T'es pas dans de beaux draps à Toulouse? T'as pas peur qu'il vienne avant l'heure ton petitout?

J'étais debout devant la cheminée, je l'écoutais en souriant, j'allais lui proposer du thé quand... dans une seconde accélérée du temps tout a basculé. Un éclair de douleur m'a parcouru le ventre, puis s'écoulèrent les eaux de la vie. Lucienne comprit de suite.

-Comment ça marche cet engin? Elle s'énervait sur le téléphone portable.

-Pas de réseau... Pas de voisin, à part toi, tu n'as pas de voiture, et la batterie de la mienne est à plat.

-Tu savais?

Oui, je savais le passé de Lucienne, son expérience et sa réputation, de fée, de sorcière, c'était selon.

-Mais... je suis presque centenaire, j'y vois plus rien, et mes mains...

-Je sais, tu me guideras.

 

Elle m'a conduite à travers la nuit enlunée d'un fin croissant. A chaque pas je sentais descendre un peu plus l'enfant.

-Tu sais?

-Quoi?

-Le sexe de l'enfant?

-Non, on verra.

 

Elle m'a menée à travers la forêt de lierre, me faisant boire régulièrement une tisane de sa composition, jusqu'à ce que je tombe à genoux l'implorant.

-Je ne peux plus Lucienne, je ne peux plus!

-Tu veux oui ou non qu'il soit prince de ces lieux?

-Oui.

-Alors il faut qu'il y naisse, avance ma belle, courage, la clairière n'est plus loin.

 

Dans la clairière étoilée elle m'a fait agenouiller, a posé ses mains sur mon ventre, tandis que des miennes je tirais la tête de l'enfant.

-Une fille! ai-je dis épuisée, elle s'appellera Emma.

-Une fille... l'amour sera sa vie, elle aimera comme on n'a jamais aimé mais comme aiment toutes les femmes. Capables de nourrir un amour au creux de leur vie des années durant, puis d'ouvrir leurs bras pour qu'il vive sans elles. Elle aimera comme on met au monde.

 

Je me suis réveillée dans la grande chambre, sous le gros édredon rouge en plumes, Emma près de moi. Lucienne près du feu souriait. Elle s'approcha, pris ma main puis celle d'Emma.

-Ca a été très dur pour toi, mais tu as réussi et regarde comme elle est belle, on dirait une fée. Tiens, rassures tes parents et donne leur la bonne nouvelle.

-Mais... le réseau?

-Il passe ce matin, j'ai vérifié.


***

La voiture a démarré, elle est partie dans la soirée avec son bébé. Lucienne a répondu par un clin d'oeil à son geste de la main, avant de murmurer quand la voiture disparut au loin:

-Longue vie petite fée, à bientôt!

 

 12 janvier 2008

Pour Emma , née le 8 janvier 2008.

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