B r u m e s


Certains adorent le brouillard, les voiles opaques mais impalpables, tout ce
qui leur ressemble et les dissimule à nos regards.

Moi, si j'aime la brouillasse, c'est que j'y cherche un fantôme. Je crois l'y
voir, l'y espère, et l'y trouve rarement. De temps en temps, il s'annonce,
prudemment, d'un coup de corne de brume, puis disparaît. D'autres fois je
l'attends, crois le tenir au bout de mon bras, mais il s'escamote, sans un
mot, dans la purée de pois. Au moins je rêve encore, on le sait, les rêves
aussi sont nébuleux, qu'ils soient du sommeil ou de la veille.


Le mieux, c'est le brouillard nocturne, ou bien un crachin obstiné qui en
prend l'apparence, et qui nous cache, lorsqu'enfin, trop rarement, on se
retrouve. J'apprécie alors, sur les vitres, la buée de nos souffles, qui
dilue l'éclairage urbain et nous protège.


Tandis qu'en plein soleil, aucun espoir! Je ne vois que son absence, je
n'entends que son silence, la place est vide, lumineuse, la ville résonne de
mille vies, mais de la sienne, non. Les fantômes n'aiment pas le soleil.

23 Brumaire an 04



                                                                                                      
en écho à ce texte de Liedich :              link
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