Je publie cet extrait car j'ai pris hier une photo qui l'illustre:






D'une corde à l'autre... Tu me dirais de dessiner une poule... celle-ci vole au vent, j'y accroche mes idées fixes, et les enveloppes qui nous protègent et nous disent, s'y détachent sur le bleu du ciel.

Il marche. Non! Il est fou! Au secours! Auguste appelle, affolé, venez voir!! Funambule s'applique, pas après pas, il avance sur les barbelés, il veut attraper la sorcière, c'est elle qui l'a entraîné là.

-Je fais ce que je veux! Mon corps m'appartient!
-Non! C'est aussi ton outil de travail, si tu blesses tes pieds tu ne pourras plus payer ta part!! Descends!!

Il avance, les pointes entaillent ses pieds comme crocs de chiens méchants pénètrent la chair. Sous le fil, il pleut, son sang. La sorcière est là, devant lui, perche brandie, elle marche à reculons, l'enjoint à continuer, tout en attendant sa chute. Au bout de la douleur, il dérape et tombe, c'est le moment que choisit la sorcière pour abaisser son bras, qui menace depuis tant d'année, et l'endormir à coups de perche.

Il est encore par terre, dans la sciure ensanglantée

-ben oui, c'est de la sciure par terre, pas du sable, le sable c'est pour la plage, le paradis- la vie est labeur, sciure et sueur.

La petite voix est là, penchée sur lui, elle éponge son front.

 -Arrête, tu travailles trop! Qu'as tu besoin de t'entraîner la nuit? Regarde, tes pieds sont tout blessés, et tu vas te casser quelque chose, un jour, à force de tomber...

Funambule se tait. Taire la douleur, taire la peur. Cette fois, il y était presque, il a bien cru attraper la sorcière pour lui tordre le cou, mais au dernier moment, c'est elle qui l'a battu. La prochaine fois, il sera plus fort, plus endurant. Il a peur...

Il a peur... que Toi aussi tu aies peur, de ses mots, de ses images...

Ces mots saisis l'ont lessivé, il craint d'encercler ses journées de cordes à linge barbelées. Puis il a honte, car si lui souffre dans sa tête, d'autres connaissent le concret de la souffrance. Taire la douleur et sa peur, et marcher, avancer... ne rien dire surtout, sinon Auguste ne voudra plus qu'il monte et l'obligera à faire le clown, loin de l'intense de ses vertiges.

Ne rien dire... qu'à Toi... Certains mots, parfois, on n'aime pas les relire. Les poser soulage, déleste, mais il faudrait pouvoir les enfermer dans un grimoire, dans la plus haute tour d'un château perdu au plus sombre d'une inextricable forêt. Depuis mon rêve, Tu es le prince lecteur qui défend l'accès à la tour, tu as accès au grimoire, tu le protèges des souris voraces et tu me protèges des francs-tireurs embusqués, c'est la règle du jeu: laissez vivre toutes les vagues, ne me reste que le choix des mots pour les décrire.
Ne sois pas inquiet, Honoré, je vais bien dans l'apaisement des mots posés, je vais vers la vie, calme, je joue le jeu, tranquille. Je suis un peu étonnée, en relisant, une fois la vague passée, cela me paraît étrange d'avoir eu de telles pensées, j'essaye de ne pas en avoir honte.

extrait de vagues d'oxalis, 2005
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