Erreur de casting

 

Encore un pas, le premier cette fois, peut être en parler là, maintenant que j'y pense... vous raconter mes premiers pas dans un récit pédestre, pourquoi pas?

Je me laissais porter, dans les forêts, sur les sentiers, avant l'âge de la marche, la ramure des arbres tamisait le soleil, leurs feuilles vertes, découpées sur le bleu du ciel, feraient mon plus ancien souvenir. Image gravée, qu'un éveilleur de mémoire m'offrira. Un an, quatre printemps de sourires, la vie s'annonçait douce, souriante. Un an et onze jours: la tourmente. Imprévisible tempête, tous les arbres perdirent leurs feuilles, les troncs tombèrent devant mes pas, indépassables obstacles, le jour même où je fis le premier. Il était dangereux de marcher, la terre tremblait de l'empreinte de mon pied innocent! Puis le ciel fut  noir d'un indicible deuil, et une pluie de larmes inexpliquées n'apaisa pas ma soif de tendresse, de compréhension. Les nuages mirent neufs ans à se dissiper, neufs ans d'une culpabilité innommée, vécue seule dans le maquis de cette forêt dévastée.

Ensuite on m'a appris qu'il était péché de tomber, qu'il valait mieux ne pas marcher, ou surtout, jamais hors du sentier. La pente y était glissante, on ignorait où elle s'arrêtait. On m'a dit qu'il fallait mieux ne pas bouger, de peur d'un faux mouvement, d'une maladresse, d'un geste ambigu qui serait mal interprété, que dehors était le danger, le soleil et ses coups douloureux, le vent et ses idées rebelles, qui agressait les tympans. La timidité, l'immobilité étaient les meilleurs garants de la pureté.

Jusqu'au jour où j'ai enfin fais mon premier pas, il faut plus d'un an pour apprendre le pas des hommes. Ce jour où j'ai accepté, avec beaucoup d'humilité, d' être faillible, de risquer de tomber, de glisser, mais d'avancer, vers une aube bleue. Alors, aux branches, les feuilles ont repoussées, le soleil a illuminé la forêt fourmilière. Aux nuages d'orage étonnés, j'ai dit humblement: oui, je suis coupable, je suis coupable de tomber, mais c'est d'abord à moi que les chutes font mal, et je l'étais bien plus de rester assise au bord du chemin, à regarder la vie en marche sans lutter. Aux nuages d'orage courroucés, je dirai: oui, je mérite et j'accepte votre foudre, pour mes pas de travers,  mais j'implore votre clémence, je vous prie de ne pas me bannir de la forêt fourmilière, de ne pas me renvoyer à mon désert affectif.

Et crier  maintenant à l'erreur de casting!! Un ange par famille ça suffit, non? Et c'est pas moi, la place est déjà prise!!

extrait de GR10, pour les besoins du "tournage"!
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Tag(s) : #du sucre plein les poches