Écriture
-Pourquoi tu t'arrêtes, comme ça, pour écrire, tout le temps?
-Et toi? Pourquoi tu t'arrêtes pour sculpter des cailloux, au lieu de poser sur les cairns la banale première pierre qui te tomberait sous la main?
-Une trace, personnelle, de mon passage.
-Ben moi, pareil, une trace, de mes pensées, de mon existence.
-Mais puisque tu les jettes!
-Je ne jette pas tout, regarde...
Mon sac est lourd, mais c'est de papier. Fait à la va vite, je l'ai empli de cahiers vierges et de livres phares qui guident mes pas, lorsque je me sens perdue, si loin de la mer, loin de cette plage où je rêvais de graver le sable de mes rêves. Chaque pas m'en éloigne et j'ignore où je vais. Partie sans carte, pour seuls repères des mots et des rencontres, je suis les chemins, je longe les rivières, j'accompagne l'un qui bifurque mais m'offre de l'eau et des mots, je rebrousse un temps avec un autre qui souhaite une oreille, une présence.
Souvent je m'assoie devant l'immensité montagneuse, ou le soir, dans un refuge solitaire, j'étale mon trésor: livres, papiers, journaux, crayons, et là, libre, dans un incessant va et vient des mots des autres aux miens, je construis, me re-construis.
Pourrait on dire qu'un bon écriveur, loin d'écrire en vain, serait celui dont l'écho des mots fait naître en nous, lecteurs, l'envie d'écrire, et par là, celle de vivre?
Un jour, témoin de mon déballage, l'une me dit: « Mais t'as pas de vivres là dedans! Qu'est ce que tu manges? ». Des heures que la faim me mordait, mais jamais je ne m'étais sentie si vivante. J'ai hésité, j'ai pas osé ma réponse: « J'écris. Pour vivre. », je me la suis gardée.
Lire au soleil sans bouger, jusqu'à soutenir le regard du lézard. Noter le jour. Peut être est ce le dernier de la saison.
à suivre...