Un pas après l'autre, on ne pense plus à ce qu'il a fallu de confiance et de témérité à l'enfant que nous étions pour oser le premier. Six mois auparavant, le marcheur débutant n'imaginait même pas que cela puisse se faire, et pourtant. En est-il de même ensuite, de certaines situations de vie? Inimaginables au jour J, et réalisées quelques temps plus tard, comme une évidence? Il est évident que tout enfant, sauf handicap, marchera. On ne garde aucun souvenir de cette époque, mais est-il possible que suite à une chute, à un vacillement trop effrayant nous nous soyons dit "je n'y arriverai pas"?, "tous les autres autour de moi y arrivent, mais moi je n'y arriverai pas"? Et ce doute là aussi, pourtant se dépasse, presque malgré nous. Il en est ainsi de tout ce qui s'impose à nos vies, plus fortement que nos peines, que nos doutes mêmes, le petit humain devient bipède, et son chemin de vie l'appelle.
Parfois c'est un peu le maquis, on se retrouve perdu dans une clairière, jusque là c'était bien balisé, et soudain, plus rien, plus de traces de chemin. Faut-il alors attendre un signe, un secours, l'aide d'un autre pèlerin ou de la providence, ou faut-il forcer le passage, débroussailler, explorer, créer le sentier?
Parfois j'ai l'impression que nous sommes dans une pièce, fermée de multiples portes. Certains cognent à toutes, d'autres attendent patiemment, pour un jour s'apercevoir, d'une part qu'aucune n'était fermée, et d'autre part... qu'elles mènent ensuite toutes au même couloir...
Je vois Clara marcher vers le couchant, les chemins et les variantes sont nombreux, les provenances diverses, mais tous mènent au même but. Ses pas la dirigent vers Compostelle, quoiqu'elle fasse.
13/08