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Giboulées...


Après un long hiver, son moral était resté figé dans l'imprévisible, l'incontrôlable. Elle ne savait que dire, que faire, pour que cessent de voler les poussières qui irritaient ses yeux. Martha n'avait pas de mots pour décrire, elle ressentait seulement. La présence des autres l'agaçait, leur absence la désespérait, leur sollicitude la faisait pleurer. Il ne lui restait d' instants bonheur, que ceux passés avec l'homme qu'elle aime, mais c'était rare et sans inertie, elle ne savait plus faire vivre l'absence. Il lui fallait d'abord se calmer, se poser. Elle alla rendre visite à Yousra.


Quand elle est arrivée, Yousra était au jardin. Elle tirait un cordeau pour creuser un sillon bien droit. Martha s'arrêta au bord du champs et en silence la regarda. Yousra travaillait la terre comme elle menait sa vie: volontaire et opiniâtre, une lutte continuelle à suivre une ligne et l'adapter aux conditions par des choix parfois audacieux, courageux. Martha l'admirait. Elle s'était essayé au jardinage, de la position courbée, à genoux à même le sol, elle s'était allongée, avait rejoint la terre, se serait incorporée à l'humus, aurait été recouverte par les feuilles l'automne venu, et aurait disparue aux yeux des hommes, si Yousra ne l'avait tirée vers la vie.


Elle regardait son amie bêcher, creuser, arroser, semer, recouvrir, puis planter le cordeau trente centimètres plus loin et recommencer. Elle savait ce que Yousra essayait de domestiquer ainsi, au delà de la nature qu'elle voulait rendre nourricière, c'est à sa vie qu'elle tente de donner cette ligne de conduite, ce sont ses actes d'amour qu'elle sème avec soin, et les rêves d'impossible qu'elle arrache comme chiendent.


-Et là? demanda Martha en découvrant un amas de broussailles indisciplinées au milieu du jardin, c'est quoi?

Les yeux de Yousra se mirent à briller d'une fierté rebelle:

-Là? Ce sont mes désirs fous, mes rêves déraisonnables, mes envies amorales, mes espoirs insensés; ils ont droit à cet espace, et regarde! regarde! des fois ça fleurit! ça fleurit et ça graine, ça graine et ça ensemence... me faut alors désherber mes sillons... tu m'aides? Je suis là, je ne te laisserai pas épouser la terre, je veille, mais viens, s'il te plait... j'ai besoin de ton aide.


Martha fût étonnée. Venue trouver son amie, en plein désarrois, elle se trouvait face à une demande d'aide.

-Qu'as-tu? demanda Yousra.

-Rien, y'a juste un peu de pollens, des poussières qui volent dans ton jardin, c'est rien, on s'y met?

 

19 avril 2010, réunifiée.

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