Histoire naturelle, immuable, figée, comme au muséum. De l'arbre au gland et du nuage au vent. Histoire élémentaire, de tempête et de sentiments. Vraiment? Vous n'y croyez pas?


Trente petits visages se tendent, inquiets, vers l'institutrice immobile qui regarde fixement par la fenêtre le seul arbre de la cour. Ils attendent.

-"Je vais vous raconter une histoire", mais pas comme celles de votre livre de lecture courante, histoires d'un quotidien trop présent, ni comme celles du livre d'Histoire, grands faits et grands gestes d'un passé surnaturel pour vos yeux émerveillés.

Un instant rassurés, les jeunes corps s'agitent dans ce nouveau silence, mordillent leurs crayons, s'impatientent. Il est temps que l'histoire commence.

-"Voilà, c'est l'histoire d'une princesse, comme le sont toutes les petites filles, au moins dans leurs rêves. Elle vécu quinze années à l'ombre d'un grand arbre, un chêne, si vous voulez, au tronc puissant et à l'ombre rassurante. Elle se sentait protégée de la forêt avoisinante qui lui faisait très peur. Mais parfois, lorsque le vent soufflait en tempête, tombaient des branches mortes. Alors elle ne pouvait que protéger sa tête, et attendre que cela cesse.

Un jour, elle en eût assez. Elle fit provision de forces, de courage, se leva et risqua quelques pas à distance du chêne. Que cherchait-elle? Peut-être un peu de tendresse, chose que son arbre ne lui avait jamais donnée.

Ce pas de coté de son pied pourtant léger ébranla la terre et déclencha une formidable tornade. Elle couru se mettre hors d'atteinte des colères du grand arbre, mais les branches et les buissons, agités par le vent, giflèrent son visage.

La princesse continua à avancer ainsi, jusqu'à ce que se calment les éléments, jusqu'à l'apaisement de la nature. Maintenant elle faisait face, et ses bras étaient libres de la défendre. Elle était seule dans la grande forêt, mais indépendante et responsable."

-"Et il est où le Prince charmant?", demanda une innocente petite voix.

Le silence de nouveau emplit l'espace de la classe, un silence qu'aucun apprenti citoyen n'osait briser pour demander:
-"Et pourquoi tu pleures maîtresse?"

-"Allons, maintenant taisez-vous, dit-elle à la classe silencieuse, et sortez vos livres d'histoire naturelle."


légère révision d'un texte du 13 octobre 2006.

 


 
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