La grille

 

 

Il faisait nuit depuis longtemps.

Elle entendit le grincement de la grille comme une déchirure dans le silence de la nuit.

Perdue dans les méandres du sommeil et blottie dans la chaleur de son lit, elle l’entendit. Et sourit à la nuit, sans même se réveiller tout à fait.

Derrière la grille, commençait le bois, ou plutôt la forêt, ou plutôt l’inconnu, jungle à la fois mystérieuse et familière, inquiétante et complice, menace de mort et source de vie.

Le grincement se répéta, se répétait à l’envi, au gré du vent qui jouait à s’emmêler dans les arceaux de métal rouillé et, probablement, faisait voler ou bruisser les feuilles mortes qui s’amoncelaient déjà dans les allées abandonnées à l’automne finissant. Et cet enlacement du vent et de la grille était comme un rappel, non, un souvenir, une réminiscence, non une fulgurance, cet enlacement était l’écho d’autres enlacements coupables et ô combien délicieux…..

Demain, pourtant, comme chaque jour, elle se réveillerait dans un lit déserté, elle ouvrirait sa fenêtre sur les éblouissements de la forêt automnale et écouterait les derniers oiseaux s’obstiner à chanter avant de s’enfuir. Ou de mourir. (Christine 25/10/2010)

 

Non, pas mourir, cet hiver encore, puisqu' elle le voulait, le froid n'empêcherait pas les oiseaux de chanter. Le jour d'après ce fut comme chaque jour. En ouvrant sa fenêtre elle sentit son coeur battre le rappel de toutes ses désirs, de toutes ses utopies, et elle voulait les vivre, enfin. Elle partit alors vers la forêt, sans feuille de route, il ne lui en avait jamais donnée. Pour les avoir à l'envi parcouru avec lui, elle pensait à tort connaître tous ses sous-bois. Il lui fallait pourtant ce matin apprendre un nouveau chemin, déceler la chaleur des sources souterraines, et comprendre l'ardeur des torrents en sommeil. Elle avait peur de faire des faux pas sur ce chemin, mais cela ne ferait pas taire les oiseaux, eux qui agrémentaient de leurs trilles le silence de l'indicible, étaient de ceux qui savaient survivre à toutes les rudesses de l'hiver. La seule déchirure en leur ciel commun était la douleur des moments d'absence. Au retour, elle poussa si doucement la grille que celle-ci s'ouvrit sans trahir, il faisait grand jour maintenant. (Claire 27/10/10)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Tag(s) : #du sucre plein les poches