Variation sur un thème largement exploité, mais il faut croire qu'on a parfois besoin de se répéter, ou de s'approprier, avec des mots siens, ce que les autres, avant soi, ont avec succès apprivoisé.


Non, elle n'allait pas -pour un ajournement qui méritait à peine son nom, ne renvoyant qu'au lendemain, même pas à 24h pleines, le projet de tenir dans ses bras son amant- non elle n'allait pas pour ça basculer dans les abimes de la déprime.


La maison était prête, l'air, d'une douceur relative, aurait empêché que leur étreinte ne connaisse d'autre frisson que ceux du plaisir. Le chat, en boule sur le lit, essayait de lui garder la tiédeur de la nuit. Le plaid près du lit, devait les maintenir dans la chaleur de l'amour, leur permettre quelques minutes de rêves partagés.


Elle aussi s'était apprêtée comme elle aimait le faire, se mettre à son avantage pour qu'il ait du plaisir à regarder son corps, se vêtir pour lui, chercher son flacon de vanille, se faire douce pour ses mains.


Lorsque tout ceci fut ajourné, elle ne pleura pas, non, dans un premier temps elle retourna à son balai, pour continuer de faire briller son palais, la poussière n'aurait même pas le temps de se redéposer. Elle ne coupa même pas le chauffage, les murs garderaient la chaleur en leur sein, c'était plus rentable que de tout couper et de remettre la chaufferie à fond le lendemain. Ceci fait, s'octroyant quelques minutes de repos, elle écouta, décibels forcés, cette vieille chanson qui avait toujours le pouvoir de l'aider à relativiser. En boucle elle écouta, en anglais, cette chanson de Kansas: "Dust in the wind", dont elle comprenait toutes les paroles, à force de les avoir écoutées.


Nous ne sommes que poussières dans le vent...


C'est dehors que soufflait le vent lorsqu'enfin il sonna à sa porte pour un bonjour aux minutes comptées. Un vent froid qui s'infiltrait par tous les interstices de ce vieux logement. Elle avait encore un peu augmenté le thermostat, allez, rien que pour cet instant là.


Leur étreinte fut très chaude, mais le mérite n'en revint pas à la chaudière. Nus sur le lit ils brûlèrent leurs désirs contenus en de torrides retrouvailles, puis apaisés, blottis dans leur amour sous le plaid, ils s'endormirent pour pénétrer chacun les rêves de l'autre. Ces rêves dont jamais ils ne parlaient, mais qu'ils partageaient, échangeaient et acceptaient, en ces instants sereins où ils semblaient seulement dormir. Apaiser leurs rêves, leurs envies inassouvies, par cette communion mentale leur était aussi vital que l'union de leurs corps.


Leurs rêves d'union furent exaucés, on les retrouva, à quelques heures de là, enlacés pour toujours dans leur bulle d'amour.


Elle se servait si peu souvent de la chaudière qu'elle ne l'avait pas faite vérifier, ils glissèrent sans douleur de leur rêve à l'éternité.


mercredi 16 décembre 2009


La "précarité énergétique" concerne 2 à 5 millions de français qui n'ont pas les moyens de se chauffer l'hiver.




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