Les matriochkas

 

C'est un cadeau un peu cruel à faire à un indécis, un hésitant. Chaque fois qu'il posera les yeux sur ses poupées russes, qu'elles soient emboitées ou alignées, il se demandera si son choix est le bon. J'en connais comme ça, qui en arrivent à ne plus rien faire d'autre, ils passent leur temps à les ouvrir et à les rempiler.

 

La première, c'est celle que l'on offre au regard, la vitrine, mais c'est aussi celle qui protège et cache les autres, maternellement. Ma première s'appelle fatigue. Je souffle, je me traîne, dès que je peux je m'allonge, et si ça se prolonge, sous ma couette, en larme je plonge.

 

Je plonge dans la seconde, qui se nomme tristesse, avatar, synonyme de sa grande soeur, elle y est toute contenue, toute retenue. Oui quand j'ose me dire triste, je sais qu'en fait, je ne suis pas vraiment fatiguée, c'est juste l'envie de vivre qui m'a désertée. Je le sens bien, quand j'abandonne ma peau de tristesse, que la rage est juste dessous. Quelques coups de soleil m'en feront peler.

 

Apparait alors la peau de la colère. Rien à faire pour la faire taire. C'est pour l'étouffer, chape de plomb, que Fatigue et Tristesse la recouvrent. Pour en protéger les autres, en face, pour que je ne leur jette point ma colère en pleine face. Colère de toutes les injustices, les frustrations que mon magnifique égo est forcé d'endurer, depuis qu'il est né.

 

Si cette carapace là vole en éclats, je trouverai dessous la lumière de la dernière, la toute petite, celle qui ne s'ouvre pas, ne se scinde pas, le cœur, le noyau. Elle a pour petits noms désirs, envies, amour de la vie et transports enthousiastes. C'est elle qui brille lorsque j'aime, lorsque j'ose être moi, calme et sereine, douce.

 

Mais elle est si petite, parfois, c'est un drame, c'est celle là que l'on perd. Elle roule sous un meuble, l'aspirateur l'avale dans un zèle de ménage. C'est pour ça que souvent, on la laisse à l'abri, bien cachée dans le ventre de ses sœurs qui plus grosses, plus voyantes, ne risquent pas d'être perdues.

 

Alors doucement on referme une à une les petites poupées de bois, on tempère ses désirs de raisons en raisons, jusqu'à la colère, on dissimule colère derrière la cascade de la mélancolie, puis on referme fatigue sur le tout, pour surtout, surtout, rester présentable et respectable sur l'étagère.

 

17 novembre 2011

 

 fatals canal st martin

 

 

 

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Tag(s) : #du sucre plein les poches