C'est tard, l'heure où les carrosses se changent en citrouille et où les princesses reprennent pied dans la réalité. Pourtant elle n'est pas partie en courant. Peut-être parce que chaussée comme elle l'était, nulle chance qu'elle perde un soulier, ça lui apprendra à bouder les signes extérieurs de féminité !
Non, elle est restée là, seule, mais là. La fatigue et un verre aidant, elle est passé au delà du miroir, au delà des espoirs, voir ce qu'il y avait comme possibles en stock.
Alors il s'est approché. Elle était assise. D'un geste, (musique trop forte pour se parler) il a désigné la place libre près d'elle. De la tête elle a fait 'oui'. Le premier oui de la soirée.
Alors il s'est assis, tout proche, l'espace était exigu. Les groupes se succédaient, divers, pour tous les goûts, tous les âges, toutes les sensibilités. Un moment elle s'est senti flotter dans un ailleurs de musique et d'amour, dans un partage avec la salle, avec l'univers.
Alors il a doucement passé son bras à lui, autour de ses épaules à elle, et il a dit à son oreille, aussi doucement que possible « je peux ». Elle a dit oui.
Alors, sans demander s'il peut, il profite de la proximité de son visage pour poser sur ses lèvres un bonjour tendre.
Douzième coup de minuit, la lumière s'éteint sur scène, se rallume dans la salle, merci, au revoir, rangements, nettoyages.
Le responsable de la sécurité s'approche, secoue une femme endormie :
« -Vous allez bien madame ? Vous avez besoin d'aide ? Vous avez consommé quelque chose ?
-J'ai consommé des rêves oui ! Tout va bien, merci beaucoup, au revoir et à la prochaine ! »
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