Sur le pont, étroit et long, qui enjambe la Garonne,

ne pas tomber, ni d'un coté, ni de l'autre.


Ne pas espérer remonter le cours du temps

et nager vers Toi à contre courant.


Je sortirais de l'eau [...]

traverserais la route et marcherais nue jusqu'à ta maison

écorchée, blessée, noyée rescapée, pitoyable

les cheveux ruisselants dissimulant mes larmes de rage

je forcerais la porte de ton quotidien


Ferais voler en éclats ta vie et ta maison

mettrais tout à plat après cette explosion

de violence. Consterné, tu me regarderais

"pourquoi as tu fait ça?"


Dans un petit baluchon tu regrouperais

tous tes biens épars et ce qu'il reste de ta vie

et sans un au-revoir tu me planterais là

seule avec le regret d'avoir bravé l'interdit.


Ne pas céder non plus à la sombre tentation

de me laisser couler au fil du courant

vers l'horizon de la consolation


Me laisserais longtemps porter par les flots

jusqu'à me perdre bribe par bribe au fil de l'eau

suivrais les sirènes des possibles qui me disent "viens"

sans cesser de pleurer le pont auquel je tourne le dos


Atteindrais la mer, sans force, sans courage,

sans avoir trouvé dans l'eau solution à mes mirages

seule toujours du manque de toi


M'y perdrais, c'est trop tard pour rebrousser matin

Toi, hors de portée de ma nage

me noierais chagrin, dans ce liquide horizon



Sur le pont étroit et long

qui enjambe la Garonne

tenir notre équilibre

que personne ne tombe

ni dans l'espoir en amont

ni dans son abandon en aval

tous deux dans l'équilibre

de nos rêves sur le pont

 


 

21 novembre 2009

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