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Ils n'étaient plus que trois sur la place, le rassemblement s'était dispersé, tout avait été rangé. Ils discutaient, un homme, une femme, une adolescente. Ils s'étaient déplacés vers une tache de soleil pour avoir moins froid. Ils parlaient de choses et d'autres, ils faisaient des projets. L'adolescente appelait la femme "maman", elle s'ennuyait un peu. Le soleil jouait dans les guirlandes des sapins de circonstance, et s'attardait pour réchauffer un peu les mains, les pieds, et les oreilles gelées des trois comparses que le rhume menaçait. L'instant était doux, le temps arrêté, une demi-pause dans la frénétique partition de leur vie. Un instant sans vent, une accalmie.

 

L'homme et la femme lui tournaient le dos et ne la virent pas arriver, seule l'adolescente la remarqua, comme ces sons qu'eux seuls peuvent distinguer. Elle s'approcha, ne s'arrêta que quelques secondes à leur hauteur, le temps d'échanger un regard avec chacun. De ces regards qui voient jusqu'au fond de l'âme.

 

L'homme la suivit sans un mot, résigné, vers une ruelle sombre, sans se retourner une seule fois. Son pas accompagné était rapide, à l'image de sa vie débordée d'actions, d'activités. La femme et l'adolescente, après une hésitation prirent la même direction, mais d'un pas moins rapide, la mère trainant sa quarantaine déjà lasse.

 

L'adolescente s'arrêta pour sonner à la porte d'un ami, laissant sa mère continuer à avancer seule et suivre du regard le couple qui s'éloignait. A aucun moment l'homme ne se retourna, ni ne sentit le regard porté sur lui.

 

Arrêt sur image, à l'image de leurs vies respectives: le couple devant; elle, seule, qui le suit, le couvant du regard, sans espoir; et l'ado derrière, bien derrière sur la route de la vie.

Et aucun coup de vent, aucun coup de folie, pour bouleverser ce sage agencement.

 

image: panneau "Bize"

illustration sonore: Siroco, vent du Maghreb

 

 

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Tag(s) : #du sucre plein les poches