C'était un jour gris, comme aujourd’hui, un jour de passage de nuages, jour sans envie, sans soleil et sans orage. Il marchait sur la voie ferrée, depuis longtemps désaffectée, pour preuve, toutes ces plantes sauvages qui occupaient l'espace, soulevaient les traverses et déboulonnaient les rails.

Aucun risque.

C'était sa force et son drame, de risque, il n'en prenait jamais. Il avançait à pas prudents, sans excès, sans dérangements. Sur cette voie il ne risquait rien. Oui, rien. Il ne risquait ni de se faire écraser, ni de louper le passage du train du bonheur, puisqu' aucun train ne passait plus là depuis longtemps.

La voie ferrée, il y avait si longtemps qu'elle n'avait pas senti de train passer, qu'elle en avait même oublié leur existence. A peine si elle se rappelait l’acronyme ferroviaire, que pourtant lui rappelaient régulièrement les bus qui la traversaient au passage à niveau. Ainsi, les transports ne la suivaient plus, ils la traversaient, la croisaient ! Les rails ne gémissaient plus sous la longue caresse du passage des trains, ils sursautaient, hoquetaient, sous les roues des autocars, piqûres de guêpes sur le métal.

Il marchait lentement, maintenant un pied sur chaque rail, grand écart difficile à tenir, il faisait glisser ses pieds, l'un après l'autre, en une lente progression.

La voie en fût toute étonnée, émoustillée presque. Elle s'en tortilla de plaisir et bifurqua, sans aiguillage, juste avant le passage à niveau et ses hoquets de pneus de camions. Elle s'échappa vers les bois, les champs, une vallée entre les montagnes, par un chemin de traverse pour ses rails qui allaient enfin librement.

Oh ! Une nouvelle contrée ! S'étonna le marcheur qui suivait le rails. Il eut d'abord un peu peur, tout semblait si différent. Oui, différent, mais pas moins bien pourtant, ni mieux, juste différent.

Il a retrouvé ses envies, une vie avec ses bonheurs, ses joies, ses jours de soleil et ses orages. Il s'est construit une gare, où inviter tous ses amis. Il a réhabilité la voie, pour qu'ils puissent venir en train chez lui, dans cette belle contrée jusqu'alors oubliée, enclavée.

Il pense parfois, les jours gris, en regardant le passage des nuages, que ceux-ci furent comme une longue caresse au ciel de sa vie, pour l'aider à bifurquer avant le passage à niveau, et permettre qu'y passe à nouveau, des wagons bondés de bonheurs.

14 / 02 / 2015

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