Sur les 10 mots de Gwen: mur, feuille, ordinateur, tapette à mouches, fleur, dessous, pillage, chaise, cheminée, dehors.



Tardives métamorphoses



-« Allez... dehors... »

Le chat habitué à ses caresses ne comprend pas et revient à nouveau se frotter contre ses jambes.

-« j'ai dis dehors!! Tu n'as pas le droit d'être là, tu le sais»

Il l'attrape doucement et l'enferme hors de la pièce. Ensuite il éteint l'ordinateur dont le « ron-ron » infernal l'empêche de se concentrer. Il sort une feuille, un crayon, une revue comme support, c'est encore un peu mou, il rajoute un album, et s'installe sur une chaise, devant la cheminée vide, c'est l'été.


Cette fois il doit vraiment s'y mettre, il est au pied du mur, le rendu des textes est ce soir. Des mois qu'il connait le thème, et il n'a encore rien écrit. Il vient de tondre le terrain, de passer l'aspirateur et de plier le linge. Il profite d'un moment calme, du vide momentané et exceptionnel de la maison pour essayer de se concentrer.


-« Il y a tant de choses dont j'ai envie de parler, il y a tant à dire, à dénoncer, à expliquer: les changements induits par le système capitaliste, le pillage irréversible de la planète, la croissance des inégalités entre le nord et le sud, le durcissement des expulsions... comment changer tout ça? »

Fatigué il revoit tous ces combats dont nous ne connaitrons pas les victoires, son esprit rôde et s'égare, allume à l'âtre la flamme qui manque, invente la douceur qui fait défaut. Si l'inspiration militante le lâche, peut-être l'amour lui rendra-t-il ses mots?


Il ferme les yeux, inspire lentement et pense à elle. Une odeur de fleur et elle est là, près de lui. Son cœur s'apaise. Elle est à l'aise, lui aussi. Beaucoup de respect, mais aucune fausse pudeur, ils s'embrassent et c'est naturellement qu'il remonte un peu sa robe et tendrement caresse sa cuisse, dessous. Il y aurait tant à écrire, à avouer: la construction des relations, l'évolution des sentiments, les transformations dans nos vies, les bouleversements que l'on nie, par respect du passé.


La porte claque, il regarde l'heure, puis sa feuille blanche. Les enfants entrent les premiers en courant et en se chamaillant bruyamment. Sa femme pose les courses et attrape la tapette à mouches pour chasser le chat qui les a suivi.


Il aide à ranger les courses, il calme et occupe les enfants.


Cette nuit, le délai passé, il rallumera l'ordinateur, il ouvrira une page de traitement de texte, et rapidement, sans attention aucune aux fautes de frappe et à l'orthographe tapera d'un seul jet:

-« Allez... dehors... » ....



1er aout 2008



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Tag(s) : #du sucre plein les poches