Vagues

 

 

Assise sur la plage blanche de soleil, elle écoute les vagues. Le sable est chaud, doux. Avec ses doigts, elle y a gravé des mots tendres, des mots désespérés aussi, mais tous sont voués à l'effacement. Les dernières vagues étaient chaudes, leur écume comme une caresse. Fermant les yeux, elle fait le vide dans ses pensées, elle oublie les mots, les idées, les doutes, elle se laisse bercer par des images, des sensations: le sable sous ses doigts, l'écume sur ses pieds, la chaleur du soleil, la caresse du vent, le chant des oiseaux, tous ses sens comblés.

 

C'est son bruit qu'elle a perçu en premier, son grondement sourd et lointain, très grave, d'une fréquence presque inaudible. Sans avoir à ouvrir les yeux, elle  comprend. En une seconde, pour l'avoir si souvent vécu déjà, elle voit tout  ce qui va arriver. L'arrivée de la déferlante, cette gigantesque vague qui ramène la vase des profondeurs, qui va la submerger, puis l'emporter. Elle va boire la tasse comme chaque fois, l'eau  salée qui brûle les yeux, le nez, la gorge. Maintenant, elle sait que sa vie n'est pas en danger, qu'il vaut mieux laisser passer, attendre, sans résister. Elle sait toute fuite inutile, l'eau s'immisce partout, la rattrape où qu'elle aille, quoiqu'elle vive.

 

Alors, elle ouvre les yeux, elle contemple cet immense mur d'eau, de sel, d'écume blanchâtre ternie par la vase, qui avance inexorablement vers elle. Elle lui fait face, debout, immobile, elle prend une grande inspiration pour rassembler son courage... Et, lorsque la vague est là, elle referme les yeux pour attendre, en retrait de sa vie, en retrait de sa conscience, que la déferlante passe, l'entraîne, l'emmène puis la repose enfin, meurtrie mais encore vivante, sur la plage, maintenant noire de vase.

 

Ensuite, lentement elle se recroquevillera, pour reconstituer son corps épars, son esprit disloqué, elle s'adossera à un rocher sans aspérité, elle y cherchera la douceur. Celle du sable, celle du soleil rediffusée par le rocher, malgré la nuit qui est tombée, celle du vent sous le ciel étoilé, celle du silence, reposant après la déflagration de la vague. Elle restera là longtemps, patiemment, le temps de retrouver ses forces, sa cohésion, son envie de vivre. Puis elle reprendra le chemin qui mène vers les autres, ses amis, la vie...

 

 jusqu'à la prochaine vague ...

 

  15 avril 2004

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