L'appel des pavés

 

Il était pourtant bien dans son refuge. C'était confortable, sécurisant, bien isolé de l'extérieur dur et froid. Murs de briques étanches, volets toujours clos , comme ses yeux, sur cette réalité qu'il refusait de voir.

Alors pourquoi l'avoir quitté, un jour où l'appel de la rue se fit assez bruyant pour percer ses murailles? Pourquoi s'être brutalement plongé dans l'eau  glaciale, avoir affronté d'un coup tout ce qu'il avait soigneusement éloigné de sa conscience?

Longue réflexion? Cheminement lent? Sursaut salvateur empêchant l'engourdissement fatal?

Il fut d'abord aveuglé par la lumière crue, nouvel éclairage sur la vie, contraste avec la pénombre réconfortante de son abri. Il se sentit agressé par tout ce qu'il découvrait , comprenait enfin.

Seul, désarmé, sans défense, comment se protéger? Comment se reconstituer une enveloppe-carapace,  pour pouvoir souffler de temps en temps, se retrouver , lâcher prise ?

Des  mois de recherches, de replis momentanés, lorsque la pluie tombait trop drue, trop froide, la grêle trop douloureuse, l' orage trop violent.

Des mois d'appels désespérés, impatients, de quête éperdue de contacts, de liens, d'amitié.

Des mois où parfois , perçait la nostalgie du confort de son ancienne retraite.

Oui mais voilà,  pris dans la tourmente, il en avait perdu la clé !  Le vent de la tempête lui avait donné le goût de la liberté, du grand air . Le chaleureux confinement était devenu  claustration, le cocon , prison. Il ne pouvait plus reculer, sursaut définitif, aucun espoir de régression.

Le moment n'était plus aux questions, une seule solution : foncer, se lancer, s'imposer s'il le fallait, se trouver une place, se faire accepter. Reconstruire un cocon, immatériel, amical , fait de liens tissés: chaîne de convivialité sur une trame de travail.

Cela  prit du temps, le temps des relations, des discussions, le temps de la connaissance, de la confiance, le temps de tricoter  un grand manteau bien chaud, un refuge d' affection  et de mots, pour  pouvoir affronter le froid de l'extérieur sans trop de  douleur.

 

 

28/ 1/ 2004

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Tag(s) : #du sucre plein les poches