Cela fait des années que je m'applique à être légère pour mon compagnon de vie. Pas de jalousie, pas de contrôle, pas de possessivité. Je fais de sa liberté ma priorité.
Surtout, jamais de:
- tu rentres à quelle heure? Tu reviens quand? T'as une heure de retard, je me suis inquiétée...
Je le veux libre de son emploi du temps. Pas non plus de:
-tu devrais consulter le dermato, je m'inquiète pour ton dos.
Il est libre aussi de sa santé, de son corps, de la façon de le soigner, ou non.
Vous me croyez insouciante, légère, prenant la vie de couple avec simplicité?
Vous vous trompez.
Car si œuvrer au bonheur et à la liberté de celui qui partage ma vie est une ligne de conduite que je suis avec joie, je ne m'accorde malheureusement pas ce que je revendique pour lui.
Les épaules lourdes d'un invisible carcan, les poignets liés par mon propre pilori, je m'astreins à lui être disponible toujours, à chaque instant de son emploi du temps imprévisible. Je suis responsable des contraintes qui m'enferment, moi et moi seule m'y enjoints, lui ne me demande rien. Mais moi je veux être là, au moment où il aura besoin de moi. Sans bouger je l'attends. Sans rechigner je reste devant notre dîner qui refroidit, jusqu'à ce qu'il arrive pour le partager, et me dise tout contrit que j'aurais du manger, laisser sa part de coté. Aux amies je refuse visites et sorties, au cas où il aurait envie que j'accompagne sa soirée, il m'annonce tout penaud une importante réunion, et je reste seule, à pleurer.
D'où me vient cette contrainte? Cette incoercible manie de l'attente disponible? Que risquerais-je à parfois lui manquer, à lui dire un soir - »non, désolée, il fallait me prévenir avant, je sors au ciné avec les copines. »
Dans ma mémoire je vois ma mère et ma grand-mère, tablier en étendard, entre fourneau et pendule, attendre le retour de l'homme, chaque soir. Être là était leur premier mot d'amour, avant même le bonsoir et le rituel baiser sur les lèvres effleuré. C'était un autre temps. Trouver le dîner prêt, chaud, à point, était normal, et les hommes ne se posaient aucune question. Maison en ordre, femme présente, tout allait bien.
Il me dit: prends les choses simplement.
Mais pourquoi sortir de cette habitude millénaire est il si difficile? Comprendre que mon aimé aime autant ma liberté que j'aime la sienne est il si compliqué? Cesser de le culpabiliser par toutes les occasions de vie que je laisse passer pour lui, est il impossible?
Si je m'y applique maintenant, il faut que ce soit légèrement, en m'accordant des rechutes de mémoire millénaire, en m'étant indulgente, et non comme une nouvelle ligne de conduite, sévère et lourde à suivre.
Être légère à moi-même aussi mon amour, pour supprimer ce dernier poids qui pèse sur notre couple, cette invisible cause de tensions dans nos relations. Pour qu'aucune douleur solitaire ne gâche plus mon bonheur, qu'aucune culpabilité n'entrave ton indépendance.
Apprendre que vivre ma liberté c'est respecter la tienne jusqu'au bout .
04-10-2008