En l'absence de l'éclairagiste



J'avais, pour m'entourer, toute une équipe qui partageait mes rêves, des
professionnels qui avaient à coeur de mettre en oeuvre tous mes scénarios
Mais j'étais toujours insatisfaite, la réalisation ne collait jamais aux
songes qui faisaient ma réalité.
Un jour, a débarqué un étrange acteur, attachant, plein de talent, mais
impossible à diriger, il entendait jouer mes partitions avec sa propre
sensibilité et non appliquer mon interprétation à la lettre. Parfois, il se
fâchait et me disait: « le scénario est à toi, le jeu d'acteurs est à nous,
le choix des éclairages est à l'éclairagiste, et l'oeuvre est commune, c'est
ce qui fait sa beauté, sa richesse, tu ne peux pas tout maîtriser,si tu
refuses ces données, débrouille toi. »
Un jour de fatigue et de vague grise, j'ai renvoyé toute l'équipe, oui,
j'allais faire seule, c'étaient mes rêves après tout, comment pouvaient ils
prétendre savoir les interpréter!!

Je suis seule aujourd'hui, sur mon fauteuil de réalisatrice, les studios sont
vides, l'écran est blanc. Je ferme les yeux, j'y projette, libre, mes rêves
sans contrainte. Je rêve les impossibles, en feignant de les croire
réalisables, ils sont, le temps de mes pensées.
Je les rêve réels et incarnés, si fort, que je sens soudain l'insensible
étreinte de douces mains sur mes épaules, le souffle d'un imperceptible
baiser dans mon cou, le murmure d'une chaude voix à mon oreille.
J'ouvre les yeux. Entre l'écran blanc des rêves impossibles et moi, il est là,
il s'est interposé, l'acteur rebelle, il me dit seulement: « Si tu le
désires, je suis venu t'offrir les rêves qui abolissent l'absence. »

                                                                                                  décembre 2004

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Tag(s) : #du sucre plein les poches