Pas le coeur à faire des bluettes, pas l'envie de dire cette folie ordinaire qui m' habite. Mon estomac, secoué de larmes, quel choix reste t-il?
Ressortir mon épée, tranchante, la lame brillante au soleil comme dans un conte celtique. Il fait toujours soleil pour ce genre de scène, les éclairagistes n'ont aucune imagination. Et qu'en faire? Me battre, encore et toujours, contre tout ce qui contrarie mes rêves, contre tous ceux qui contre-carrent le scénario!
Ils sont là mes rêves, à terre. Et moi je suis armé, je peux les protéger. Ils sont là, gisant, tas sans forme, moribonds, souffrants d'agonie. Et ces gens qui se rapprochent, m' encerclent maléfiques, prononcent d'envoûtantes incantations! Des ennemis.
Je peux!! Je peux... passer ma vie à me battre pour mes rêves, et tuer tous ceux qui les menacent d'un brusque mouvement circulaire du bras. Puis reprendre mon chemin, celui auquel m'a voué la sorcière dans ma douzième année, mon Destin. Suivre mon étoile jusqu'à l' Épinal, braqué sur la chute, l'arrivée. Toute une vie pour au dernier soir pouvoir rendre compte, dire que j'ai réussi, sans défaillir, sans digresser, que j'ai été fidèle aux rêves qu'on m'avaient donnés à vivre... Fier de n'avoir pas transgressé.
Je peux... Je m'épuise, l'épée est lourde à porter, de toutes façons, la vie ne sera jamais comme je veux, les rêves jamais ne prendront corps, ils sont à terre, trop abîmés, trop usés, et j'ai brisé ma baguette, je n'y crois plus, ne me reste que la force, mon épée...
Je peux... les ennemis se rapprochent... Je regarde leurs yeux, certains sont mouillés, presqu' autant que les miens. S'échangent nos regards brouillés, ma vision se trouble, la scène se décompose, milliers de petits morceaux à recoudre...
J'ai le droit d'être triste, les yeux pleins d'eau, une lettre en poche, la dernière, qui fini par ce mot: demain . Ce demain qui comme toi n'est jamais venu, un ajournement de plus. J'ai le droit d'être triste, calmement triste. Mais cette tristesse est concrète, présente, est fait partie de la vie que j'ai choisie. Contre elle mon épée ne peut rien. Les bras me pèsent...
La scène se recompose, différente derrière mes prismes salés, je peux voir la lumière s'adoucir, je peux... je peux baisser l'épée, pointe au sol, plat devant moi, reposer mes bras las de leurs colères muettes. Écouter leurs mots, faire pour une fois confiance au dialoguiste, s' ils étaient d'amitié, et leur cercle réconfortant?
Laisser mes rêves là, ceux qui m'entourent ne les voient pas, ignorent ce que je défendais, pourquoi je m'agitais, menaçant l'air de ma lame meurtrière. Les laisser mourir, oui, je les trahis, je les renie, traître à mes rêves, je choisis la vie.
Mes amis se rapprochent encore. L'un d'eux prend doucement l'arme de mes mains, me serre dans ses bras, me murmure, « ça va, ça va ». Il affirme, ne questionne pas.
Je les regarde, étonné: l'assemblée, le décor. Je ne demande pas pardon, mais seulement si je n'ai blessé personne, la scénariste s'approche, me souris, indulgente: « avec ce genre d'accessoire, tu risquais au pire de nous faire des bosses ».
Merci à D.R.
9 juin 2006