Chemins de loups, et faims de vous.
(ou inversement)
Chaperon rouge allait, seule par les champs.
Marchant sans appétit, elle vivait grignotant,
une fraise par-ci, une noisette par-là.
Vite rassasiée, manger quelle perte de temps!
Et lorsque l'on va seule, quel ennuyeux moment!
Toujours mieux à faire, même rien, nez au vent.
Le loup promenait au bois une faim historique,
le faisant fuir de tous et mériter critiques.
Chaperon rouge jadis, sans l'avoir reconnu,
sans sa réputation ni aucun préjugé,
l'avait rencontré, salué, et écouté,
et ils avaient ensemble les bois parcourus.
Ainsi depuis ce jour, ils allaient se cherchant,
chacun de leur coté, par les chemins errant.
La faim ferait-elle ce soir sortir l'ami du bois?
leur faudrait-il attendre encore un long moment,
suivre de l'infinie forêt tous les méandres,
user patience et larmes avant de se trouver?
Enfin se rencontrèrent, mais survint l'accident.
L'arrivée inopinée, d'un chasseur armé.
Surpris, le loup, aurait aimé du même coup,
en son giron cacher la belle déchaperonnée
et la faim de leurs deux corps enfin calmer.
Mais qu'en auraient pensé dévote grand-mère
et les chasseurs jaloux à l'esprit étriqué?
Ne voulant risquer de mettre le loup en danger,
la belle prit la fuite, attrapant dans sa hâte
sur une table l'immense et rouge nappe
pour y dissimuler un peu sa nudité.
Ainsi drapée, sa faim soudainement aiguisée,
dévora tout ce qu'elle put en chemin trouver,
du lapin imprudent au miel des ruchers.
Elle mordit, entassa des réserves d'assiégée,
pour calmer en elle toutes les faims du passé.
Les jours passèrent, le temps semblait à jamais figé.
Loup restait au bois tant qu'y rodaient les chasseurs.
Seul son regard d'amour pouvait voir dans les champs
étrange coquelicot rouge l' attendre dansant au vent.
Moralité, s'il en est une:
Allons par ces chemins, en terre profonde creusés.
Quiconque les parcourt y ressent des frissons,
de peur, d'anciennes mémoires, pour chacun c'est selon.
Cauchemars des couloirs noirs et muets du passé,
se réveillent à l'ombre des sous-bois embrouillés,
et les faims de nos vies, toutes nos envies,
dans un souffle de vent peuvent se déclarer.
Au pas des carnassiers, nos manques les plus cruels,
sous la lune argentée hurlent en nous, se rebellent.
Quand la vie nous malmène, nous promène et nous perd,
par ses chemins ardus d'hasardeux destins,
nous sommes proies, nous sommes loups,
je suis toi, tu es nous.
Cl, 6-6-2007