Ecrire c'est mentir un peu
mais juste un peu.
C'est passer le vernis
sur une surface trop polie
pour être honnête
C'est dévier le discours
pimenter les mots d'amour
un peu trop niais, trop usés, trop bêtes.
Ecrire, c'est embellir un peu.
Ecrire, c'est embellir un peu,
tant qu'on le peut.
C'est carresser dans l'sens du poil
la vie, avant qu'elle nous dépouille
de tout.
C'est voir le verre à moitié plein
et délier dans un refrain
les embrouilles.
Ecrire, c'est tricher un peu.
Ecrire, c'est tricher un peu
comme au jeu.
Jeux, ma muse,
oser une ruse,
un coup de bluff.
Quelques lettres minuscules
pour un plaisir majuscule
un effet boeuf.
Ecrire, c'est se grandir un peu.
Ecrire, c'est se grandir un peu,
se hisser sur la pointe des pieds,
douze par douze, bien comptés.
Avancer vers après vers
prendre le destin à revers
contre la déprime
chercher des rimes.
Ecrire,
c'est vite aller mieux.
Ecrire, pour survivre un peu.
Testament officieux
ou journal jeté au feu
tous nos mots sont suppliques
pour trouver notre plage de Sète
notre place dans vos souvenirs
mais... pas de tactiques
ni de recettes,
écrire ne nous fera pas revenir.
Ecrire, c'est dire beaucoup,
à mots couverts ou dénudés
mettre à jour sans tabou
entre les lignes s'avouer
des signes semés à la volée
d'une sinueuse piste
mais si je signe et persiste
cela va sans dire:
"Ecrire c'est presque toujours mentir"
sur un thème de l'atelier l'ancre des mots.