Clara estrella

 

-Ben oui, les yeux rivés sur celle du berger, les autres paraissent pâles, hein, et toi avec. Faut bien choisir ton étoile,  pourquoi te mesurer toujours à la plus brillante...

-C'est vrai ce qu'on m'a dit?

-Quoi?

-Que vous ne marchez que la nuit?

-Oui, c'est un choix. Si je marche le jour, le soir je m'écroule, et je ne profite pas de cette nuit que j'aime par dessus tout. Regarde... que penserais tu d'un ciel où ne brillerait que Vénus?

-ça s'rait pauvre!

-tu vois, on a besoin de toutes, même de celles qui consument peu d'énergie, alors vas-y, rentre au refuge, tu vas te perdre si tu t'éloignes trop... non, attends!  Donne tes mains une seconde s'te plait...

merci, t'es la première qui me laisse poser un baiser sur ses lèvres sans me gifler ni se jeter dans mes bras, vas. La nuit, je penserai à toi, comme à une brave petite étoile qui regrette sa pâleur. Auras tu une petite pensée de temps en temps, pour moi, le jour?

-oui.

-alors nos rêves seront plus doux, vas... vite... dépêche toi!!

 

 

Alors je vais...

 

Parfois je pense qu'il serait bien plus simple, moins fatigant, de marcher dans vos traces, en choisir -il y a le choix, ce sentier est très fréquenté- dont le pas correspond au mien, puis ne plus les lâcher du regard, plutôt que de chercher à inventer ma propre démarche. Amie de passage, j'aurais aimé te dire, au risque de me répéter, ma volonté de trouver ma voie sans jouer des coudes, le sentier est assez large pour que plusieurs s'y croisent , ou y marchent un temps de front, sans jeter personne dans le précipice. D'accord, j'ai pas choisi le plus facile, dans la lande aux multiples chemins, j'aurais pu trouver plus vite le mien, sans vous gêner. Mais le marcheur de nuit me souffle que j'y arriverai, qu'il me suffit d'oser être moi. Merci à toi, grâce à tes mots, je me sens un peu en marche avec l'humanité, utile, au moins à ne pas battre les chemins de discordes.

Je reste des jours sur la crête. Mon regard cherche à se poser. Depuis toujours, l'attirance pour le versant sud, sa chaleur, ses luttes, j'aimerai descendre la montagne tout en remontant le temps, revenir au moment où les femmes eurent leur place dans la bataille. -Tu rêves, t'es folle! Oui... Je me rêve ce courage, il me donne celui de mes petits combats quotidiens, par comparaison.

Au fil de mots doux et douloureux, je regarde le versant nord, je verse mes larmes à ce qui aurait pu être, à ce qu'il veut faire advenir, qui germe en moi en bourgeons de sourires, mais refuse de fleurir.

Je suis mieux là, dans ma fuite, à la recherche d'un autre chemin, dans le noir.

   

 

2 extraits de GR10 (Octobre 2005 au 21 février 2006)

 


 

 

Le soleil noir, Barbara:

 

Pour ne plus, jamais plus, vous parler de la pluie,
Plus jamais du ciel lourd, jamais des matins gris,
Je suis sortie des brumes et je me suis enfuie,
Sous des ciels plus légers, pays de paradis,
Oh, que j'aurais voulu vous ramener ce soir,
Des mers en furie, des musiques barbares,
Des chants heureux, des rires qui résonnent bizarres,
Et vous feraient le bruit d'un heureux tintamarre,
Des coquillages blancs et des cailloux salés,
Qui roulent sous les vagues, mille fois ramenés,
Des rouges éclatants, des soleils éclatés,
Dont le feu brûlerait d'éternels étés,

Mais j'ai tout essayé,
J'ai fait semblant de croire,
Et je reviens de loin,
Et mon soleil est noir,
Mais j'ai tout essayé,
Et vous pouvez me croire,
Je reviens fatiguée,
Et j'ai le désespoir,
Légère, si légère, j'allais court vêtue,
Je faisais mon affaire du premier venu,
Et c'était le repos, l'heure de nonchalance,
A bouche que veux-tu, et j'entrais dans la danse,
J'ai appris le banjo sur des airs de guitare,
J'ai frissonné du dos, j'ai oublié Mozart,
Enfin j'allais pouvoir enfin vous revenir,
Avec l'œil alangui, vague de souvenirs,
Et j'étais l'ouragan et la rage de vivre,
Et j'étais le torrent et la force de vivre,
J'ai aimé, brûlé, rattrapé mon retard,
Que la vie était belle et folle mon histoire.


Mais la terre s'est ouverte,
Là-bas, quelque part,
Mais la terre s'est ouverte,
Et le soleil est noir,
Des hommes sont murés,
Tout là-bas, quelque part,
Les hommes sont murés,
Et c'est le désespoir.


J'ai conjuré le sort, j'ai recherché l'oubli,
J'ai refusé la mort, j'ai rejeté l'ennui,
Et j'ai serré les poings pour m'ordonner de croire,
Que la vie était belle, fascinant le hasard,
Qui me menait ici, ailleurs ou autre part,
Où la fleur était rouge, où le sable était blond,
Où le bruit de la mer était une chanson,
Oui, le bruit de la mer était une chanson.


Mais un enfant est mort,
Là-bas, quelque part,
Mais un enfant est mort,
Et le soleil est noir,
J'entends le glas qui sonne,
Tout là-bas, quelque part,
J'entends le glas sonner,
Et c'est le désespoir.


Je ne ramène rien, je suis écartelée,
Je vous reviens ce soir, le cœur égratigné,
Car, de les regarder, de les entendre vivre,
Avec eux j'ai eu mal, avec aux j'étais ivre,
Je ne ramène rien, je reviens solitaire,
Du bout de ce voyage au-delà des frontières,
Est-il un coin de terre où rien ne se déchire,
Et que faut-il donc faire, pouvez-vous me le dire,
S'il faut aller plus loin pour effacer vos larmes,
Et si je pouvais, seule, faire taire les armes,
Je jure que, demain, je reprends l'aventure,
Pour que cessent à jamais toutes ces déchirures.


Je veux bien essayer,
Et je veux bien y croire,
Mais je suis fatiguée,
Et mon soleil est noir,
Pardon de vous le dire,
Mais je reviens ce soir,
Le cœur égratigné,
Et j'ai le désespoir,
Le cœur égratigné,
Et j'ai le désespoir..

 

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