"C'est un imbécile l'homme qui trébuche sur la pierre qui est derrière lui" (proverbe Mahorais)

 

Et pourtant, à force de marcher, je m'aperçois que ceux qui causent les chutes, les trébuchements, les faux pas, sont bien moins les obstacles qui sont devant, que ceux que l'on a derrière soi.

 

Ceux que l'on fuit, qui nous font allonger et hâter inutilement le pas, le précipiter, sans discernement, de peur de louper l'occasion qui ne passera pas deux fois, nous poussent dans la descente.

 

Ceux que nous craignons, qui nous incitent à nous retourner en douce, un coup d'œil par dessus l'épaule, pour vérifier s'ils sont bien là, qu'enfin nous les avons bien dépassés, et patatras! La seconde d'inattention fatale nous fait tomber!

 

Ceux qui nous obsèdent tant, qu'on croit sans cesse les voir devant, tracés sur notre chemin, tapis comme pièges sous les feuilles, alors qu'ils font bel et bien définitivement partie du passé, mais qui rendent notre foulée craintive, le pied timoré et la cheville molle à se tordre.

 

Sans parler des habitudes, qui semblent être de pratiques raccourcis, mais ne sont qu'entrave à l'imagination d'autres voies et carcan empêchant de sortir des sentiers battus.

 

Il y a aussi les souvenirs, faussement inoffensifs. Nous leur sommes liés par une corde, même pas élastique, accrochés au rocher qui bloque nos pas. Lorsque nous insistons, nous revient en mémoire la première chute où nous n'avons eu personne à nos cotés pour nous relever; ou celle où les témoins ont rit, se sont moqués; et la corde fait saigner notre cheville entravée. Mais pour rien au monde nous ne la trancherions.

 

Tous ces obstacles là derrière, dont pourtant nous avons triomphé, puisque nous sommes là, mais qui restent présents et gouvernent nos pas, tous ces obstacles nous gouverneront jusqu'à notre trépas.

 

Alors je me suis mise en chemin, un matin. Une longue et belle route s'ouvrait devant moi. Je savais où j'allais. J'étais en sécurité. Tout était organisé, balisé, mon plan de route imprimé. Je n'avais qu'une seule chose à faire: m'appliquer à oublier les pierres qui étaient derrière moi, faire que chaque pas soit le premier et efface le précédent; un seul, à chaque fois, pour qu'il reste léger et m'évite de trébucher.

 

Je suis proche de l'arrivée maintenant, mais ce n'est qu'après, de retour dans mon quotidien, que je saurai si mes pieds ont bien appris leur leçon de vie.

 

aux marcheuses...

 

Cl.

29-30 septembre 2012.

 

 

 

 

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