Le gymnase est vide maintenant. Au sol, sous les dalles de moquette que les ouvriers s'activent à enlever, apparaissent des lignes de couleur. Des tables, qui ont été desservies, nappes roulées, sont pliées et superposées sur des chariots. Les murs nus et blancs, seulement percés, très haut, de grandes ouvertures opaques, font six fois la taille d'un enfant.
Les pieds qu'on hôte aux tables, font en tombant, un bruit de cloche désaccordée que l'écho de la salle multiplie dix fois.
Il y a une heure à peine, la fête battait son plein. Une musique entraînante coulait des haut-parleurs disposés aux quatre coins de la salle. Des dizaines d'enfants insouciants dansaient, riaient, s'approchaient avec gourmandise des tables où les attendaient friandises et boissons.
Une petite fille. Sept, huit, neuf ans? Seule, au milieu de l'espace désert. "Moi, la mairie me paye pour débarrasser et nettoyer la salle. Pas pour récupérer les enfants trouvés! D'ailleurs, quand je lui ai demandé son nom, elle ne m'a répondu qu'un regard affolé. Alors je suis reparti ranger mes tables."
Je ne sais pas quand on viendra me chercher. Je ne sais pas ce que je dois faire. Rester là même quand il n'y aura plus personne? rester là enfermée? Ou rentrer, partir chercher mon chemin? Pas parler aux inconnus. Plus personne de connus alentours. Alors ne pas parler. À personne. Mon nom? Pas parler.
***
J'sais pas ce que je fais dans ce trou, mais j'y suis. Qui m'y a poussé? Ou est-ce un piège sous mes pas, que je n'ai pas su contourner? Haut et fort, dans le silence de mes mûrs blancs j'ai pourtant proclamé que je savais me faire vivre toute seule, par mes propres forces, je suis grande maintenant!
Une adulte. Autonome. responsable. Indépendante et fière. Seule par choix, car on a toujours le choix de l'être ou pas. Tellement trop pleine de bonheur qu'elle voulait en donner. Rendre à la collectivité ce qu'elle avait reçu, redistribuer, remercier. Mais pour l'heure, elle n'a pas trouvé preneur.
Il y a quatre heures, la place était pleine. D'amis, de copains, de camarades, de badauds inconnus aussi. Le micro clamait la bonne parole, la nôtre, celle des sans voix. Si, de temps en temps, aux élections, ils prennent nos voix et s'en vont avec, asseoir leur pouvoir.
La place est vide maintenant, la pluie a chassé les derniers acheteurs des boutiques. Au moins, dans un supermarché, on est abrité et au chaud. Les haut-parleurs qui tentaient de maintenir un semblant de vie dans la ville se sont tus. Les terrasses détrempées des cafés sont désertes, tant mieux, car personne ne l'y aurait invitée. Le clocher est douze fois plus haut qu'elle, et lorsqu'y sonnera l'heure, ce sera sans écho.
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