Vertige du funambule, en équilibre sur la crête de la vague, il avance, devant lui la sorcière
s'oppose à sa progression. Une seconde, tentation de la violence, il a envie de la battre avec la perche lestée d'écheveaux de fil, pour qu'elle chute, se noie, meure. Non, le pacifique funambule
regarde droit devant lui, au loin, au delà de l'obstacle ensorceleur, puis il jette sa perche aux flots, peut être aidera t' elle un nageur, et de sa rage, bande ses muscles et sa force
intérieure, tient l'équilibre immobile, le temps qu'il faut pour que la sorcière, vaincue , plonge de dépit. Raté. Traversé le passage piéton, les yeux fermés, sûr de lui. Traversée la forêt, le
corbeau est heureux, fier, la fugitive a progressé, elle sait maintenant attendre sans souffrir, et aimer le silence, dense de toi.
Il pleut, je te laisse à ton rêve d'escargot, je reste cachée dans mon île, j'y suis bien, je flotte, sereine... aucune envie,
aucun désir pour me troubler, m'agiter, un pas après l'autre, funambule calme et serein ne rencontre aucune difficulté à faire sa traversée. Traversée du jour, encore un qui passe, encore un de
gagné, d'arraché à la vie. Chaque jour se doit il d'être utile? Accepter les mots négatifs: faignante. Oui, et alors? Qui a décidé qu'il nous faudrait sans relâche travailler? Et qu'est ce qui
est travail? Qu'est ce qui ne l'est pas? Militant faignant, se repose, sèche un collage pluvieux, par flemme, ou bien, est il parent attentif qui profite d'une soirée avec ses enfants, ou encore
rêveur infatigable en lutte avec ses mots? Qu'est ce qui est le plus utile, performant? Rages et tendresses naissent des mots du rêveur, le funambule a besoin de ce temps pour tendre sa liane et
continuer à marcher, sur le chemin sans fin. Les mots qui jugent sont mots capitalistes: rentabilité, efficacité, utilité.
Performance inutile du funambule sur son fil...
Pensées agacées, troublées. Non, rien ne sert d'accroître la quantité d'agressivité qui circule sur la planète, funambule sur son fil, se tient hors de porté du toxique acide sécrété par l' oxalis, il complique sa performance, avance les yeux bandés, ses muscles seuls garants de l'équilibre, et laisse se croiser, sous son fil, les messages acerbes des gens pressés. On lui demande de répondre? Il répond doucement, espérant par ses mots abaisser le niveau des tensions. Il se découvre un objectif: traverser les journées le plus tendrement possible, tendresse envers l'humanité qui hurle sa douleur de vivre. Sa corde vibre sous les cris, il tremble mais son corps absorbe les pleurs de la planète, il tient l'équilibre et sourit. Le soir, il descend et écrit, en mots de vent, les larmes et les aigreurs qui ont fait trembler le fil de sa journée.
(extraits de "vague d'oxalis", cp.)