Il y a des jours brumeux, des jours où aucun phare ne perce le brouillard, des jours où le contour des cotes reste indiscernable. Alors on se croit seul. Parfois, un faible son atténué traverse les nuées qui s'évaporent de la mer pour rejoindre des cieux déjà bien encombrés. Si le soleil se lève, il se répand immédiatement en un halo liquide et aveuglant. On perd tous ses repères, ne pouvant le situer et en déduire le nord. Voilà, seul, entouré d'eau, perdu, déboussolé, il serait vain d'avancer, dangereux même, les rochers, eux, ne se sont pas liquéfiés, en cas de collision, on risque le naufrage.
Alors, je jette l'ancre, je largue mes amarres. Tant pis si la houle me bouscule, j'en ai marre d'être ainsi balloté de marée en marée. Ne sachant plus que faire, où aller, je laisse la mer prendre le gouvernail, le vent lisser les voiles. Moi je me roule en boule sur le pont. Le roulis me brinquebale, et j'attends, j'attends. J'attends que la mer me prenne en charge. Pour elle je ne suis qu'un faible brin de paille, je ne pèse nullement à son dos de géant qui relie les continents, elle peut bien faire ça pour moi: cesser de me secouer, et doucement, doucement, me bercer. Alors je m'abandonne en toute confiance, je sens qu'elle me pardonne mes erreurs, mes errances et je m'endors sereinement.
Lorsque je m'éveillerai, le brouillard peut-être sera levé. Je verrai les cotes toutes proches, les amis qui me font signe sur la jetée, qui guident ma barque pour que j'accoste, qui me tendent la main pour me sortir de cette petite galère sur laquelle j'avais embarqué, un matin de chagrin.
JiM, 17 avril 2012
brouillard d'automne anne sylvestre