La ballade du chemin court
Tant de temps après que le vent eut soufflé
bruissaient encore les branches du romarin
et sa fragance par la bise portée
étourdissait la femme du marin
Elle n'aimait pas les senteurs marines, les embruns,
qui trop parlaient de départs et de chagrins
elle préférait les odeurs des champs et des labours
qui à son retour portaient leurs amours
La tête lui tournait quand elle étendait les draps
et que le vent soufflait de la lande les parfums
le soir dans le lit frais sentant le romarin
elle rêvait que l'absent s'endormait en ses bras
il disait:
Viens, mon amie, ma mère, ma fille, mon amante,
viens je t'emmène, là où seule la vie nous tente,
là où tu te sentiras pleinement vivante,
au fond de toi.
C'est un jardin secret, où nul n'aura accès
que tu ne l'y aies invité
une bulle de désert au frémissement de la ville
en plein coeur de l'été
Tu en seras la reine, douce et bienveillante
ton autorité jamais n'y sera contestée
dans ce royaume d'absolue loyauté
où l'amour sera l'arme la plus puissante
Viens, je te prends la main,
et sans tourner le dos aux majestueux navires
qui vont et viennent entre passé et avenir
nous suivront ce chemin qui ne mène qu'à demain
C'est un chemin court, coupé d'un barbelé,
débouchant sur un pré où le temps peut s'arrêter
le temps de nous aimer, partager un café, parler,
avant que ne sonne la corne de brume de la réalité
L'appel du grand large pour nous deux sonnera
mais on peut dans ses marges, et sans être aux abois
dilater le présent comme une bulle, en soufflant
juste un air d'amour, doucement, tout doucement
Je serai loin déjà, mon amie, ma mère, ma fille, mon amante
quand le vent te portera cette chanson caressante
tu iras dans la vie, toute seule, comme avant
mais avec au coeur notre amour brûlant
Au matin, au réveil, ouvrant grand la fenêtre
sur le jardin où pousse le romarin
elle chante au vent sa réponse:
Oui le chemin est court, et c'est parce qu'il est court,
que j'aurais aimé avec toi, en partager les nuits et les jours,
je ne le souhaite plus maintenant,
j'ai appris la solitude, le silence est mon premier amant.
Oui le chemin est court, et nous n'y pouvons rien,
c'est pourquoi je le veux large comme un boulevard,
qu'on puisse s'y balader, se perdre en ses recoins
et inventer des matins aussi bien que des soirs
Et puis je t'attendrai, chaque jour à l'orée du bois,
j'irais à ta rencontre, au pré de nos émois
pour retrouver en rêve les caresses de ta main
en chérissant l'espoir de te revoir demain
Et si un jour par malheur tu ne reviens pas
peu importe le temps que cela me prendra
je me mettrai en route, et chacun de mes pas
n'aura d'autre raison que d' aller jusqu'à toi.
12-15 aout 2010