En écho au texte de Benoit: link
ce petit conte militant:
Elle voyageait depuis longtemps prisonnière des nuages, lorsqu'elle vit ce village et ses habitants, un peu plus lucides, un peu plus généreux que les autres. A chaque route d'accès au village, ce panneau, symbolique, avait été apposé: « Zone hors AGCS ». Consciente de son inestimable valeur, libre et attachée à sa liberté, elle voulu faire confiance à ce signe et décida alors de séjourner ici. Partout ailleurs , c'était la canicule, tout alentour était sec, plantes et vieillards mourraient. Le village devint rapidement une miraculeuse oasis de verdure qui attira de loin.
Le Maire réunit le conseil. Que faire de cette manne liquide?
Certains proposèrent de la vendre à prix d'or, en bouteille ou dans des tuyaux aux villages voisins, de faire payer l'accès au lac qu'elle avait formé et dans lequel, se regardant dans cette étendue calme d'elle même, elle se trouvait belle.
Ce jour là, elle se fit orage pour signifier sa colère.
A la séance suivante, fut abordé le problème de la surabondance qui menaçait d'inondation. D'autres conseillers parlèrent de bétonner, canaliser, endiguer. Ces grands travaux créeraient des emplois, soutiendraient la croissance.
Ce soir là, elle se fit grêle violente, destructrice, pour leur rappeler qu'elle était plus forte que n'importe quelle construction humaine.
Le troisième jour, un conseiller, resté jusqu'ici écoute et silence, prit la parole. Il parla au nom de la pluie, comme s'il l'avait intimement comprise. Il leur dit qu'elle n'appartenait à personne, ou à tous, qu'elle devait rester libre, qu'on devait la respecter, adapter nos constructions à son abondance en laissant la terre la boire, la drainer jusqu'aux réserves secrètes et profondes, la laisser voyager vers les cours de son choix, vers le partage, vers les autres villages.
Elle se fit alors amie, régula ses humeurs, devint l' alliée du paysan, du vigneron, de tous les citoyens qui avaient su la respecter lorsque, captive des nuages, elle s'était cherché un abri, une terre d'accueil, un endroit où pleuvoir...
27 mai 2004