Il était une fois...
Dans un royaume, deux frères en tous points opposés, se partageaient le pouvoir. L'un était doux et rêveur, l'autre cupide et belliqueux. Pendant des années, les deux frères s'opposèrent. L'enjeu était à qui construirait son château au centre de la capitale. Dès que l'un bâtissait, l'autre prenait d'assaut, bombardait, assiégeait, incendiait. Plusieurs fois leurs chateaux furent détruits, et de nombreux soldats, au service de l'un ou l'autre des deux frères trouvèrent la mort.
Dans cette lutte, le frère rêveur s'épuisait, luttant tout autant contre son ennemi que contre lui-même. Lui qui rêvait d'harmonie, se battre, détruire l'édifice d'un autre pour pouvoir bâtir le sien à la gloire de la paix et de la douceur le rendait malade.
Un matin de lune douce, il prit décision de cesser ses assauts. Il laissa le colérique bâtir à loisir son immense et froide batisse au coeur de la capitale, et partit à quelques kilomètres de là, à la recherche d'un lieu plus accueillant. Il trouva un pré verdoyant d'où il pouvait admirer les montagnes et le soleil, et même le sourire de la lune la nuit. Là, il porta la première pierre d'un modeste mais lumineux palais, consacra toute son énergie à construire et décorer des pièces aux couleurs claires et ne dit plus un mot pour défendre ses idées.
Petit à petit, l'un passant par là, l'autre s'arrêtant une nuit, la nouvelle se répandit d'elle même dans le pays. Cela prit du temps, car dans son immense immeuble, l'imposant leader promettait pouvoir et confort, les murs brillaient de dorures et le pétrôle donnait aux pièces une chaleur de tropiques, tandis que le confort solaire du palais de son frère, dépendait de l'effort et des saisons, nuls néon, aucun artifice pour faire oublier la pluie et les nuages gris, il fallait faire avec.
Petit à petit pourtant, certains furent attirés par l'harmonie et la sincérité ce palais simple mais joyeux. Lorsqu'il fut trop étroit pour abriter tous ses locataires, on construisit des annexes, de petites maisons, puis un hameau; et bientôt, les étages supplémentaires que l'orgueilleux frère ne cessait d'ajouter à son gratte-ciel ne furent plus chauffés pour personne.
Cela prit encore beaucoup de temps, mais on laissa les habitants de la capitale devenir d'eux mêmes aussi sombres que les murs qui les enfermaient, on laissa le temps aux dorures de s'écailler et de tomber des plafonds, et lorsque les premières crevasses apparurent aux façades, le despote ne trouva aucun esclave crédule pour venir réparer. Tous préferaient travailler à peindre les murs des petites maisons du hameau en échange du pain avec leurs voisins.
L'immeuble noir et froid finit par s'écrouler sur le roi et ses derniers conseillers, les 1% auxquels il avait donné tout l'or du royaume. 99% de la population vivait sur le reste du royaume, dans des hameaux de taille humaine vivant du pain de l'entraide.
Le frère doux et rêveur avait échoué
à brandir une tour à la gloire de ses idées...
peut-on construire le contraire
en utilisant les mêmes outils que l'adversaire?
10 février 2011