tamara-ete-2011-329.jpg

 

La vie nous use, puis nous jette.

 

D'où, peut-être, mon besoin de me sentir utile, d'aider, de rendre service, relié aux autres par cette relation, rassuré, je me sens vivant. Rassuré, car tant que je sers à quelque chose, tant que quelqu'un a besoin de moi, que mon travail est tourné vers l'humain, le service, que mes amis me sollicitent... la mort n'osera pas m'approcher. Temps que quelqu'un me dira "j'ai besoin, j'ai envie, de toi", je me sentirai protégé et légitimement en vie.

 

De ce fait, je n'aime pas faire ce que je trouve inutile, et les divertissements m'ennuient et m'angoissent. Mais heureusement, je trouve de l'utilité à beaucoup de choses: l'amour, les amis, la musique, la beauté, la littérature, l'écriture, le cinéma, la photographie et tout ce qui apprend à vivre, à vivre mieux avec soi même et avec les autres.

 

Par contre, je déteste le sentiment d'être utilisé, que l'on use de moi. J'aime garder ma liberté, le droit de refuser. Ce que je préfère, c'est lorsque l'on accepte ma proposition d'aide. Parfois ça va très loin car je ne me sens aimer (ce n'est pas une erreur: infinitif; = j'ai la sensation d'aimer), que si mon amour dispense une dose de don, parfois même de sacrifice.

 

Il est étonnant, partant de là que j'aie tant de mal à demander de l'aide. Pourtant, cela pourrait éloigner la mort de ceux à qui je fais cette demande! Mais je ne sais pas si tout le monde fonctionne comme cela, aussi, j'ai peur de les user, d'user leur bienveillance et leur amitié, leurs forces aussi.

 

Au bout du chemin, quand complétement usé je ne pourrai plus bouger ni rien faire, là j'autoriserai la mort à m'emporter, en espérant, au bilan, avoir été un tout petit peu utile au monde, lui avoir apporté un peu plus de douceur, de justice, d'harmonie, dans la mesure de mes faibles moyens.

 

Quand je serai trop usé pour être utile, mais pas avant. Avant ce moment il me reste encore quelque chose à faire: essayer de transmettre à mon fils cette force, cette envie de participer à la construction d'un monde plus tendre, en apportant son minuscule caillou à l'édifice.

 

JiM, 28 aout 2011

Pour Marc.

 

Photo: kiosque de prise d'eau, Barbazan

 

 

Publicité
Tag(s) : #du sucre plein les poches