écrire un texte dont la première phrase est :
« Les rêves et les espoirs s’écroulent »
et se terminant par la phrase :
« Sa voix a la douceur de la soie ou du velours ».
essai 3
Les rêves et les espoirs s’écroulent, j'ai pourtant usé toutes mes forces, toutes ces années, à maintenir debout leur fragile édifice. Je rêvais d'une tribu, dont j'aurais été le chef incontesté, de grandes oeuvres communes, de rites, d'habitudes complices. Je voyais le groupe auquel j'avais donné naissance faire de grandes choses, tous ensemble, tournés vers le même projet, dans une énergie commune. J'aurais relevé le défi de la place de l'individu dans le groupe, sans écraser aucun, mais toujours tournés vers le but commun. Cohésion, esprit de groupe, mais aussi autonomie et indépendance auraient été nos maîtres mots. Tribu autonome dans le désert, nous n'aurions eu cure des racontars et rumeurs que colporte toujours le vent des envieux.
Je n'ai pas abouti. Être seul maître à bord, ça j'y suis parvenu, mais au prix du départ de celui avec qui je partageais le pouvoir. Nous n'avons jamais été assez nombreux, assez proches pour constituer une tribu. Nous ne le sommes que lorsque nous nous complétons d'invités de passage, pour quelques moments d'illusion. D'autres temps forts, occasionnels, donnèrent un avant goût de ce qu'aurait pu être cette vie active et chaleureuse, mais au quotidien je n'ai pas su créer cette synergie, cette complicité de tout un groupe soudé par l'action commune, le but commun. Chacun vit dans son coin.
Et voilà que déjà l'un s'en va, vers sa vie, loin de mon espoir de tribu qu'il ampute d'un membre, au moment même où il pourrait commencer à faire de grandes choses, c'est loin de moi qu'il les fera, et son départ n'est que le premier d'une inévitable série. Je me rêvais chef de tribu réalisant avec sa troupe de grands projets, je n'aurais été que chef d'orchestre d'une pépinière éphémère, luttant pour maintenir l'harmonie, au moins l'harmonie.
Ma réaction aimerait être un CRI, une interdiction, mais je ne dirai rien contre la voix du destin, pourtant, quand il me soufflait ces rêves qui me poussèrent à fonder cet embryon de tribu, sa voix avait la douceur de la soie ou du velours.
Claire, 12 juin 2011.