lettre à mon voisin de droite dont la vieille mère vient de tomber dans l'escalier.

 

Mon cher voisin,

j'ai bien reçu ton message m'annonçant la chute de ta vieille maman dans l'escalier. Je comprends bien qu'avec le poignet cassé il lui est maintenant difficile de se déplacer avec ses deux béquilles. Tu t'insurges contre l'hôpital qui semble ne pas comprendre le problème et refuse de garder ta vieille mère sur un lit d'hôpital. Tu te demandes qui va s'en occuper, la lever cinq fois par nuit pour ses petits besoins, la mettre debout, la laver, faire ses courses, ses repas. C'est la panique!

 

Laisse moi te dire, cher voisin, que cette situation difficile que tu vis n'est pas le fruit du hasard ou d'une mauvaise volonté du personnel hospitalier à ton égard, mais bien le résultat délibéré d'un projet de société pour lequel nous avons voté. Nous subissons donc maintenant les conséquences du choix de ceux qui ont élus nos gouvernants.

 

J'exagère? Je ne crois pas.

Nos gouvernants à la solde des plus riches avouent eux même leur volonté de remettre en cause tous les acquis "gauchistes" obtenus après la guerre par le Conseil National de la Résistance: sécu, retraite, services publics...

 

Soixante ans après le CNR, l'assurance maladie est mise à mal, et pas uniquement par ce que l'on voit sur nos feuilles de remboursement: les franchises et la baisse des remboursements, c'est beaucoup plus large et grave que ça. Désormais les hôpitaux sont rémunérés "à l'acte", c'est à dire qu'une pathologie leur est payée un montant fixe par la sécurité sociale. Si le malade, dans son cas particulier, et nous sommes tous des cas particulier, a besoin de rester quelques jours de plus, il coute à l'hôpital sur un budget que celui-ci n'a pas. Voilà pourquoi il cherche à tout prix à pousser ta vieille maman invalide dehors! C'est n'importe quoi mais c'est ce qu'on a laissé faire aux dirigeants que l'on a élus.

 

Pas de place en maison de repos publique? La maison de rééducation privée hors de prix? En votant toute sa vie pour la mise en place d'un système à l'américaine prônant le "chacun pour soi parce que je fais partie des meilleurs et des nantis et tant pis pour ces idiots et faignants de pauvres qui l'ont bien cherché", ta mère ne récolte que ce qu'elle a semée.

 

Depuis des années tu ricanes en me voyant partir aux manifs, mon drapeau sur l'épaule, quand tu ne nous accuses pas, moi et les autres militants de pousser le pouvoir à se durcir en réaction à nos résistances. Depuis tout ce temps, tu n'as pas compris que ce n'est pas pour nous tout seuls que nous nous battons, mais pour un projet de société, où le collectif viendrait compenser les inégalités et aider les plus faibles. Et le plus faible, aujourd'hui c'est ta maman et demain, si ton employeur le décide, ça peut être toi!

 

Des gens commencent à comprendre maintenant quand ils sont touchés personnellement, dans leur emploi, leur santé, leur retraite, leur pouvoir d'achat... On commence à nous dire "vous aviez raison", ben oui!! et maintenant on fait comment?

 

Viendrez-vous enfin nous rejoindre slogan et panneaux en main, pour reconquérir ce que vous avez laissé détruire?

 

Ceci dit, je souhaite à ta maman un prompt rétablissement, et bon courage à toi pour jouer les aides soignants jour et nuit...

 

à la prochaine... manif!


 

 

manuel de falla: recuerdos

 

 

 

 

navigation vagabonde: Portrait n°2: la fripière

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