Rivière d'hiver.
Toute vie en arrêt sur image,
surface froide et lisse, mais fragile,
n'acceptant que légère charge,
pas plus qu'un pas de papillon.
Des stalactites de glaces pendant aux ponts,
forment grillages,
décourageant tout espoir de progression,
puis la neige recouvre l'ensemble d'une couche de silence.
Figée, la rivière ne coule plus,
craquements de la glace sont ses cris de douleur.
Qui pense, ne serait-ce qu' un instant
à la souffrance des molécules d'eau?
Prises dans le froid, cruel étau
contraintes à l'inaction, l'immobilisme,
alors que leur nature est de couler, fluides,
d'épouser fidèlement toutes les courbes du terrain
de s'adapter en douceur aux formes de la terre,
elles souffrent.
Car si la rivière aime façonner ses rives
ce n'est qu'avec l'infinie patience
de ses douces caresses millénaires,
et non en les heurtant de la rigueur glacée
des lames acérées de ses flots figés.
Si l' hiver la rivière est violente
si elle arrache tout en dévalant ses pentes
c'est contrainte et forcée.
Privée de son mouvement naturel
la rivière gelée reflète le blanc du ciel
et s'autorise à rêver:
Elle attend, forte et patiente,
la délivrance du redoux.
Il lui rendra de sa nature le cours,
et la liberté de ses détours.
Il lui rendra la douceur
de suivre sa vocation première
qui est de couler vers le bonheur.
Peut-être pourra t-elle au passage
irriguer les champs de quelque homme sage
ne puisant pas plus qu'elle ne peut lui donner
cultivant pour lui-même et sa communauté,
sans la polluer, ni l'exploiter.
Puis elle ira sans regret
se perdre dans la mer
son immense et collectif ailleurs.
13 février 2010