Dans le désert qui attend de fleurir, l'homme marche. S'il s'arrête, le soleil va le rôtir. Il marche, cherche ses  pas, ses mots, il veut dire. Parler. Non! Pas trop! Ne pas gaspiller l'eau pour des mots, des idées, qui n'ont aucun pouvoir sur la réalité.

 

A quoi sert de dire? si les mots ne créent rien?

 

Broyés par les contagieuses contingences de cet exigent désert, non seulement le soleil pèse sur nous, mais encore, séditieux, il nous impose d'oeuvrer. Sur tous les tableaux, tous les deux, perdants.

 

Traversée du désert sans eau, l'homme marche. Sans lumière la nuit, sans vivres et pourtant vivre, il marche.

 

A-t-il jamais fleuri ce désert? Je ne sais plus. La douleur m'a ôté la mémoire. Trou noir. L'homme  qui marche  rêve d' un corps. Vaste comme le désert, doux comme le sable des dunes mouvantes sous le vent, il imagine.

 

Fleurira t-il un jour? Faudra t-il que l'homme me donne sa dernière larme, la dernière eau de son corps, pour le faire éclore?

 

A t-il déjà fleuri de mes charmes?

Je ne sais pas non plus.

Il me semble, pourtant. Et que cette éclosion me rendait l'eau investie, juste retour, me sauvant du mortel dessèchement.

Lointain souvenir, sans avenir.

 

Dans ce désert, pas de bonheur possible. Soleil souffrance du jour. Ciel noir glacial des nuits. Si l'homme  veut traverser sans douleur, il lui faudra perdre le goût de l'eau.

 

Une oasis, n'en plus rêver. Oublier que ça existe.

Une flaque boueuse sous un rocher? Même pas.

Une larme salée. Mémoire du passé, seule eau autorisée.

 

Cesser de désirer pour s'ouvrir aux possibles?

 

Desséchée d'avoir trop attendu la pluie, je suis la terre craquelée, crevassée. Chacune de mes entailles est hurlement de désir qui demande à être comblée de pluie.

 

C'est ainsi.

Ainsi suis-je, terre du désert: sèche, aride, ingrate. Impossible à labourer.

Rien à voir avec le sable, doux, tiède, friable, qui recouvre les dunes de vent.

Deux idées du désert, deux réalités.

 

Mirage de l'homme assoiffé. Allongé, ventre à terre, ses doigts sur le bord d'une crevasse, il gratte. Il s'énerve, crie après l'eau qui lui fait défaut, frappe la terre sèche, puis se calme, caresse, fertilise l'interstice, donne sa dernière eau, crie à nouveau. Il crie et jouit, il pleure. L'eau de son coeur.

 

Cette piste trouvée, il va la suivre. En lui étaient trop de mots, il était trop lourd pour une telle traversée. Crier dans le désert, c'est apaisant. Totale liberté, personne n'entend: il  peut jurer, insulter, menacer... sans risques ni conséquences.

Il peut crier des mots d'amour à gorge déployée, ou caresser les dunes sous ses doigts, personne ne condamnera.

 

Mais pas d'écho non plus, pour lui donner l'illusion d'être moins seul. Aucun écran pour renvoyer sa voix-silence.

 

Eau-désert.

 23 juin 2006

 

 


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