Yves-019.jpg

 

Le feu un beau jour est entré dans la vie
Ses yeux comme des étoiles dans un ciel tranquille
Carnaval, carnaval


Ils ont couru sur les toits
Les funambules et les rois
Tous habillés carnaval

On a vu pousser des ailes
Aux tristes Polichinelles
A l'idée d'aller au bal  

 

Célébrons le mariage
De l'amour et de l'orage
Pour le meilleur et le pire

 

Danielle Messia

 


 

Équilibre sans symétrie, le funambule s'aide d'une perche. Mais aux extrémités, la sorcière a fixé des pelotes de fil, certaines plus lourdes que d'autres, pas facile, cela fausse la vision de l'équilibre, il est obligé d'accepter de porter sa perche de façon dissymétrique. Ça trouble le spectateur. Mais merde au spectateur! Que vient-il faire là celui-là? Journaliste otage, on ne t'a pas convié! Le geôlier tient-il compte du regard de son prisonnier? Se dit-il lorsqu'il le maltraite qu'un jour, libéré, il pourra raconter? Ou est-il si sûr de son exécution prochaine qu'il agit comme s'il était déjà mort?

 

  Il existe des vagues qui mordent... tout existe. Même les histoires comme celles-ci. Destructurées. Passe le médecin de la croix-rouge: il faut stopper l' hémorragie! Le journaliste va mourir de ses mots gravés sur les murs de sa cellule, il écrit, depuis des jours, des nuits. Il écrit avec sa vie, il écrit avec son sang. Libérez-le... ou taisez-vous, qu'il n'ait plus rien à écrire. Non... implore l'otage exsangue, laissez-moi, cela m'apaise. Je meurs, mais je meurs de ma vie. Mon sang retournera au ruisseau, bu par la terre. L' océan se fera vague, le cyclone énergie. La plage sera douce et propre aux amants enlacés. Laissez-moi mourir qu'ils puissent vivre l'instant, leurs images.  Je rêve des amants sur une plage, eux cauchemardent d'un otage emmuré et me font vivre. Mon rêve les construit, le  leur me libère. Rompre mes liens menacerait les leurs, et je vis de leurs pensées.

 

  N'importe quoi! Murmure la petite voix de la raison. N'importe quoi. Folie. Tout cela n'est que folie, et le reste aussi.  Non, je ne vous utilise pas, image commode, métaphore oiseuse, non, je vous incarne. Témoins malgré vous de l'intérieur du décor. Yeux du monde au cadrage serré. Voix rebondissant sur les parois des prisons, alors que vos collègues dénigrent et raillent les timides efforts de liberté des citoyens qui s'éveillent, des militants qui se battent pour toutes les libertés, la votre présente, la leur... future. À moins qu'ils se soient déjà planqués du bon coté, celui qui est le mieux payé, valets du frics et du pouvoir se sentant plus forts que les militants révoltés.  Protégés... jusqu'au moment où un dictateur dira que le nom seul de leur profession est déjà une subversion.

  Histoire de rages et de vagues. Histoire lente comme les pensées.

 

(extrait de "vagues d'oxalis")

 

C'est un peu "fouilli": en image, les tristes polichinelles -dont je suis-  tableau de mon oncle Yves Picardeau;

en musique: une fête revendicative et  politique, comme peuvent l'être nos manifs; et en texte, la présentation de "mon" funambule lors de sa première apparition: entravé, empêché, cauchemardant...

Publicité
Tag(s) : #du sucre plein les poches