Un jour, sur la place, sur cette même place, les mêmes gens. Non, pas les mêmes gens, les gens changent, même si ce sont les mêmes, ils changent. Seule la place est la même, pas les gens.
Deux cappuccinos plein de crème -un italien à la table influence les commandes- un café, un jus d'orange. Pas d'alcool, c'est matin, et il fait chaud. C'est l'été et toutes ses promesses de
vacances, mais aussi de départs et d'absence. L'été, pour ceux qui restent, sur les pavés de la place.
Grande tablée, beaucoup de demis, un martini rouge pour faire original, c'est soir, c'est la fête. La musique envahit la place, la tablée boit et chante, parle peu. Mélodies et paroles unissent
mieux que des conversations qui n'auraient lieu que par petits groupes de 2 ou 3, par proximité. Les notes ricochent sur le pavé, les sourires et les bonheurs aussi. Comme la mousse dans les
verres, notes et bonheurs éclaboussent.
Tête à tête, 5 cafés, 2 pour elle, 3 pour lui. En ces lieux ils se sont déjà expliqués, c'est donc un café entre amis, aucun enjeu, aucun jeu, juste un instant convivial. Peut-être pour lui
l'illusion, un moment y croire un peu, ou lire ses espoirs dans le marc. C'est peut-être pour ça qu'il boit tant de cafés? C'est son affaire.
Autre tête à tête, au soleil cette fois. Un café chacun. C'est matin, il a voulu faire des photos de l'usine de peinture, puis il a eu cette envie de soleil avant de partir. Soleil de février,
fête des amoureux, mais il ne le dit pas, il l'écrira en rentrant, c'est mieux comme ça. Entre eux une complicité de mots grandit comme les scolopendres qui envahissent les sous bois les jours de
pluie.
Coup de vent emporte tout, les clients affolés par la bourrasque qui rentrent s'abriter, mais aussi les tables, les chaises. Ne restent que les pavés nus, le vent, le froid, et un très timide
soleil de décembre.
Il sont deux et ne boivent pas, debout face à face au milieu de la place, se regardent en silence. Ç'aurait pu être bien. Oui, ç'aurait pu. On pourrait faire en sorte que ça le soit? On pourrait.
C'est bien comme ça? C'est bien comme ça. Rien ne bouge. Le vent souffle, le soleil tourne et les réchauffe un peu. C'est un de leurs lieux. Un parmi d'autres seulement. Quand l'un des deux s'y
rend, il trouve l'autre aussi. Elle, le plus souvent pour ce lieu là. Lui en fréquente d'autres plus assidument, mais quand l'un des deux y est, tous deux sont là.
Ne voyez-vous donc pas le poids que supportent les pavés de la place? Les gens changent, passent, s'attablent, se lèvent, paient et repartent. Eux sont là, sur la place.
2 juillet 2011.
sur ce même lieu, d'autres textes auxquels celui-ci fait allusion, en écho, en complément:
http://entre.nuage.et.pluie.over-blog.org/article-16785223.html
http://entre.nuage.et.pluie.over-blog.org/article-un-instant-sans-vent-65112339.html
Un jour, sur la place...
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