Un-une

 

Lui vient du désert, des immensités minérales. Il aime la montagne, les roches, les ponts sur les torrents indomptables. Cet univers est très peuplé, contrairement aux croyances et aux apparences, et plein de contraintes. Le désert, c'est le contraire de la liberté. Il y marche tout le jour, le parcourt sans relâche.

 

Elle, vit dans un gros bourg. Elle aime entendre la rue se réveiller, les passages s'intensifier au fil du jour, puis ralentir le soir. Cette agitation l'aide quand il lui est difficile de pousser sa porte pour rejoindre la vie. Entendre le bruissement du monde lui fait du bien.

 

Eux, ils ne pourront mêler leurs jours, encore moins leurs nuits. Ils ne pourront s'offrir que des bribes d'instants où leurs univers se croisent, quand les orbites de leurs planètes s'attirent selon les lois célestes. Le reste du temps, chacun vit sa vie. Lui dans son désert peuplé, elle dans le bruit de sa cité.

 

Lui s'affaire, c'est ce qu'il préfère. Contraintes, obligations, c'est lui qui les choisies, qui s'y est engagé, qui les a délibérées. Elle non plus ne peut pas vivre sans œuvrer. Ce point pourrait les rapprocher, ou, s'ils se laissent submerger chacun de leur coté, les éloigner.

 

Elle veille à ce qu'il ne les éloigne pas, se garde disponible, pour laisser à leurs planètes les plus grandes possibilités de se croiser. Elle laisse brûler une flamme porteuse de rêves interdits et d'espoirs insensés. Lui scrute le ciel chaque soir, il cherche dans les étoiles des promesses de rencontres auxquelles il ne veut plus croire, il attend de la lune consolation pour d'inévitables chagrins.

 

Au jour de solitude dans la cité, sans aucune sollicitude accepter, elle a besoin de temps pour faire grandir l'amour, pour qu'il s'épanouisse et inonde l'assemblée. Ce qu'on a beaucoup rêvé, ce pour quoi on a tant brûlé, finit-il par arriver? Elle ne peut vivre sans y croire. Elle brûle.

 

Tête dans les nuages, s'accumulent les cumulus qu'aucun vent ne dérange plus. Lorsque son regard se fatigue à percer les brumes, il baisse les yeux vers l'empreinte de ses pas. Il fait froid dans son désert. Il aimerait ses bras autour de ses épaules, il aimerait cruellement réchauffer ses mains glacées sur son sein.

 

Les traces de ses pas, gelées sur la terre du désert, accrochent une lumière que le ciel ne produit pas, sans étoiles ni lune ce soir. D'où viennent alors ces perles brillantes qui l'empêchent de se perdre dans sa nuit? Rationnel, il pense au matin, au rayon précoce d'un soleil clandestin.

 

Fidèlement, elle frotte l'allumette, une flamme grandit pour remercier la vie. Merci pour ce qui est murmure-t-elle tendrement. Une larme coule pourtant, pour ses rêves trop grands, une larme éclairée de la lumière du merci, brille.

 

Ses pas scintillent au sombre désert, le ramènent à sa demeure, à sa vie, à son labeur, à ce qui si souvent l'éloigne d'elle. Cette nuit, il ne se perdra pas, quelqu'un veillait sur lui, qui ne lui en voudra pas. Quelqu'un qui chaque jour prie ce que ce monde garde encore de magie, pour avoir la force d'aimer sa liberté plus que ses propres rêves.

 

Mais... pourquoi n'y aurait-il qu'une seule flamme qui pourrait brûler?

 

(à suivre...)

 

danielle messia les mots

 


 

 

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