"Cette journée de printemps était plutôt fraîche. La place du marché était noire de monde, quand soudain une odeur doucereuse envahit l’atmosphère..."
-Ça a telle oteur le tonheur?
-Chut! tais toi, laisse le conteur lire, tu vas gêner tout le monde.
Mais le conteur avait entendu Angélique et compris la question qu'elle avait posée à sa maman. Il cessa sa lecture et se mit à penser tout haut, comme pour lui seul, ou juste pour Angélique et lui:
-une odeur douce heureuse, petite fille, c'est tout ce que tu peux rêver.
Aimes-tu le parfum des fleurs? Ne dis pas oui, dis moi lesquels! Parce que moi par exemple, si je dis que j'aime l'odeur des fleurs, c'est un gros mensonge, parce que je n'aime pas celle des géraniums, mais celle des roses si. Mais l'odeur des fleurs que tu aimes ne sera une odeur de bonheur que si tu te souviens en même temps que de leur parfum, du moment heureux où tu as connu ce parfum: était-ce un anniversaire, un Noël...?
-C'est tand mamie m'emmène mettre des tleurs là où elle tit te tort mon tata.
-Tais toi Angélique, c'est pas vrai, tu n'as pas de papa!
-Une odeur douce... peut-être celle de ta maman, quand elle te serre dans ses bras après que tu aies eu une grosse frayeur, et que doucement ta respiration reprend son calme en se calant sur les battements de son cœur.
-Ça suffit, on ne dit pas des choses comme ça aux enfants! La mère tira l'enfant par le bras et se fraya un passage hors de l'assistance.
Le conteur, sans un commentaire, reprit sa lecture où il l'avait laissée, jusqu'au point final et aux applaudissements. Puis il salua gravement, récupéra le chapeau qui avait circulé: à peine de quoi payer son dîner. En rentrant il arrosa les pots sur son humble terrasse: du persil, du basilic, pas de géranium, 5 plants de tomates, 5 fraisiers, des sauges, et des radis qui ne le nourriront pas parce qu'ils ne font que des feuilles. Mais ce n'était pas pour manger qu'il cultivait son jardin, c'était pour le bonheur d'arroser, à la tombée de la nuit, quand la terre bien chaude renvoyait une odeur douce et heureuse qu'elle mêlait aux parfums du soir.
Il pensa, oui, le bonheur se respire Angélique, et il a l'odeur de tous ces instants heureux que tu gardes en mémoire pour les moments plus noirs, mais sans doute que personne ne l'a jamais dit à ta maman.
Il posa l'arrosoir, rentra dans son grand appartement désert, la ville et ses rumeurs seraient calmes jusqu'au matin, il éteignit ses lumières et se mit à regarder par la fenêtre.
Claire, 6 mai 2011
Pour Angélique.
sur un exercice de l'atelier de Gourdan "l'ancre des mots".