Pourquoi lierait-on systématiquement l'amour et le bonheur? Soit que l'on proclame qu'il y mène, ou qu'il en est un des ingrédients, soit qu'on affirme qu'il n'y a pas d'amour heureux, toujours l'amour est articulé à la notion de bonheur.
Si on les dissociait?
L'amour est un sentiment indépendant. Si on l'examinait un instant pour lui tout seul. Voilà, j'aime. C'est un sentiment fort, qui crée des désirs, désir de partage, de communion, et des envies, envie de te voir, de t'embrasser, de passer un moment avec toi.
Mais le bonheur, qu'a-t-il à voir là dedans? On dit que l'argent ne fait pas le bonheur, l'amour non plus. Rien ne "fait" le bonheur. Il n'est pas constitué de paramètres définissables et mesurables, il n'est qu'un éclairage, une façon de ressentir la vie.
Si le bonheur est l'absence de malheur flagrant, il est déjà moins rare. Si l'on cesse de lorgner les vitrines exposants des bonheurs trop grands, tellement grands que lorsqu'on parvient à les acquérir, tout petit que nous sommes, on s'y perd, dedans.
Perdus, tout petits, rejetés à notre condition première, nourrisson délaissé ayant pour seul compagnie l'écho de ses cris renvoyé par les murs de la caverne, depuis la nuit des temps.
Alors on veut grandir, grandir, pour tenter d'habiter l'immensité de ce bonheur trop grand qu'on a choisi d'accepter, ce bonheur qui n'est pas à notre taille. Mais jamais on ne saura y arriver, sauf à enfler comme la grenouille du conte, puis à exploser, en cris, ou en milliers de confettis; dispersé.
Non, grandir, habiller d' un bonheur non ajusté, c'est quitter l'enfance et sa démesure, c'est se faire à cet espace, cette vacuité entre le bonheur et nous, ce vide qui nous en isole.
Parfois, des moments, rares, où l'on peut se blottir dans un coin du bonheur et le sentir présent, chaud, enveloppant. Un instant. Puis, comme il faut bien continuer à bouger, on perd ce repaire, on s'éloigne des rives douces du bonheur pour y flotter à nouveau, dedans, perdu dans sa mer parce qu'on n'en voit plus les limites, parce qu'on le perd du vue, on s'en croit exclu, alors qu'on nage dedans.
Voilà comme on s'égare, voulant dissocier amour et bonheur, parler de l'un sans l'autre et pourtant, encore une fois tout emmêlant.
L'amour alors. L'amour, j'aime. J'aime, c'est tout. Je ne demande pas au fait d'aimer de contribuer à mon bonheur. Ni au fait d'être aimée d'ailleurs. J'aime. C'est une donnée, un fait auquel je ne peux échapper. Un lien de toi à moi, qui ne concerne que toi et moi et en aucun cas le bonheur. Un sentiment concret qui a ses indicateurs palpables, quantifiables:
quand tu t'éloignes, tu me manques
quand tu es absent, j'ai envie de ta présence,
quand je pense à toi, un sourire monte à mes lèvres,
avec toi je suis bien, je me sens le meilleur de moi même, quand je te vois, mon coeur bat...
de bonheur!
Oh, vous aviez donc raison! Toutes ces sensations sont étonnamment proches de celles que l'on ressent lorsque rarement on est caressé par le bonheur. L'amour est capable de faire battre le coeur à l'unisson du bonheur,
et aux résignations d'un coeur ayant atteint l'âge de se faire une raison, ce battement est rassurante chanson recouvrant l'écho du silence.
Mon sentiment voulut grandir, pour tenter d'épouser au mieux cet amour trop grand pour moi que tu m'offrais, mais avant d'exploser en tragiques shakespeariens, cette chanson emplit l'espace et m'empêcha de me perdre dans le vide.
Amour et Bonheur ne sont pas interdépendants, non;
seulement, sont parallèles, les chemins de vie qui y mènent.
3/4/11