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Lorsque la nuit fut là, Martha prit la main de son amie et l'attira vers un chemin.

-Viens, j'ai encore quelque chose à te montrer.

-Mais... tu m'avais promis qu'on n'aurait pas à marcher!

-As tu marché de Barbazan à Ganties? Non! Mais ce chemin là, je sens que tu as besoin de le parcourir.

-Maintenant! De nuit! Et regarde! Là! Un loup, un ours...

-Un chien, très gentil, et qui nous protégera en accompagnant nos pas; quant à la nuit, entre la lune presque pleine et la neige, on y voit autant que le jour, lâche un peu tes peurs Yousra, fais confiance, suis moi. Je te promets qu'il ne t'arrivera rien, rien de désagréable.

 

Elles prirent un chemin à travers bois. Les promeneurs qui l'avaient emprunté dans la journée avaient fait fondre la neige sous leurs pas et tracé une trace sombre qu'il leur suffisait de suivre. Elles marchèrent en silence.

 

Pas à pas, Yousra défaisait les liens dans lesquels elle s'était enfermée, et qui entravaient aussi la liberté d'Amray. Pas à pas, elle découvrait que l'amour a besoin d'espace, de silence, de solitude pour grandir. L'amour a besoin du désert pour se sentir libre de s'épanouir dans la direction de son choix. Il fallait qu'elle apprenne à vivre en conséquence, que le vide de sa vie ne soit plus manque mais espace de liberté. Mais la liberté fait peur. Et Yousra était pleine de peurs.

 

Martha, dans ses pas, pensait à sa mère, et avait envie de demander à Yousra comment elle avait fait pour rencontrer les âmes du temps, comment elles se manifestaient, mais elle n'osait pas interrompre ses pensées.

 

Arrivées à la source, Martha dit seulement:

-Alors?

-Alors j'aimerais rester sur ce chemin d'altitude de l'amour. Ne plus redescendre aux prés verdoyants des rêves qu'il ne partage pas, pas sans lui.

-Regarde, boire pour la première fois à une source à laquelle on n'a jamais bu est un renouveau, voilà pourquoi je voulais t'emmener là, mais pas avant que tu aies parcouru le chemin mental que tu viens de faire. Si ton aimé ne souhaite pas suivre un chemin, tu peux y aller quand même, tu es libre bien sur, mais tu y seras toujours seule. Et lui se sentira coupable de te faire souffrir.

-Oui, j'ai compris, mais tu sais, il me faudra peut-être parcourir plusieurs fois ce chemin, car un sentier que l'on n'emprunte pas disparait, les herbes folles et l'oxalis envahissent son espace et l'on en perd la trace. Je crois qu'il me faudra souvent tracer en moi ce chemin là pour ne plus me perdre dans mes prisons de vaines espérances.

 

-Tiens, bois... et laisse le renouveau trouver sa place en toi.

 

21 12 2010

 

 

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