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Seule maître à bord. Au début, c'est jouissif: on n'a de compte à rendre à personne et on est persuadée qu'en faisant à son idée, tout ira mieux. C'est vrai assez souvent, seule à tenir la barre on s'épargne les hésitations, les discussions, les brusques changements de cap qui ralentissent parfois l'embarcation. Oui , ça marche, tant qu'il n'y a pas de tempête, et tant que les voiles, pas trop usées, gonflées par le vent, aident à avancer. Mais que s'agite la mer, ou que le vent souffle en rafale, deux bras ne suffisent plus.On ne peut pas tenir le gouvernail tout en tirant sur les cordages des voiles. Alors, en l'absence de second à bord, chavire le navire.

 

Les autres, sur la grève, peuvent toujours dire ce qu'ils veulent, crier des conseils: ils ne peuvent pas manier les cordes à ma place.Ils ne peuvent, impuissants, qu'assiter au spectacle navrant de mon naufrage.

 

Mais tu es là mon aimé, toi tu te tiens au bord de la jetée, au plus proche de moi, tu ne me dis pas ce que je devrais faire, tu ne me cries même pas d'avoir du courage, non, tu affirmes, péremptoire, que JE SUIS COURAGEUSE. Et tes mots phares m'aident à me relever. Debout, trempée de vagues rageuses, voiles crevées par le vent violent, fatiguée, usée, mais debout, prête à continuer la traversée, en direction de plus calmes rivages.

 

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Le soleil est noir, Tri Yann

 


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Tag(s) : #mot d'absence